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25 avril 2007

Internationales | Mercredi 25 avr 2007 | 09:13

La propagande jihadiste fleurit au Pakistan

ISLAMABAD (AP) - Malgré les promesses de fermeté du régime de Pervez Musharraf, la propagande jihadiste, axée sur la diabolisation de l'Occident, fleurit au Pakistan, où certains redoutent une "talibanisation" du pays.

"Elle a augmenté et le ton est devenu plus agressif", observe Mohammad Shahzad, qui dirige un service de revue de la presse pakistanaise pour des instituts de recherche ou des ambassades étrangères. "Le niveau d'extrémisme et de fanatisme monte".

"Tayyabat", magazine féminin publié par Jamaat-ud-Dawa, organisation caritative liée aux séparatistes cachemiris du Lashkar-e Taiba et qualifiée de terroriste par Washington, explique par exemple qu'en soutenant la guerre contre le terrorisme depuis le 11-Septembre, Islamabad appuie un projet américain d'élimination des musulmans. "Un drapeau blanc n'éteindra pas le feu du World Trade Center et du Pentagone. Ils ont soif de sang musulman", pouvait-on y lire en février.

Toujours en février, le gouvernement a interdit la fondation caritative al-Rashid, soupçonnée d'être liée à des groupes terroristes. Mais cela n'empêche pas le quotidien "Daily Islam", proche de l'organisation, de continuer à paraître à Karachi.

S'il ne fait pas ouvertement de militantisme, on y lit régulièrement des tirades attisant la haine: "les juifs, les chrétiens et leurs alliés sont engagés dans le génocide des musulmans mais l'islam s'étend et ses ennemis perdent leur sang froid".

La propagande religieuse extrémiste reste loin d'être la norme au Pakistan, où des médias privés en pleine expansion ont révolutionné la télévision avec des programmes plus libéraux. Mais comme dans d'autres pays musulmans, l'appel au jihad, la guerre sainte, résonne plus fortement, alimenté par la colère suscitée par les interventions américaines en Afghanistan et en Irak.

Abdullah Muntazir, porte-parole de Jamaat-ud-Dawa, assure que l'organisation est pacifique et exerce simplement sa liberté d'expression. Quiconque publie des propos anti-américains au Pakistan est aussitôt accusé de "promouvoir le jihad", accuse-t-il.

Pourtant, beaucoup trouvent que le gouvernement n'en fait pas assez. "Il y a des lois contre l'incitation à la haine. Ils ne les appliquent même pas", déplore Samina Ahmed, analyste pour l'International Crisis Group. "Le fait qu'il n'y ait pas de répression ou que le gouvernement recule dès qu'il y a la moindre résistance de la part des organisations islamiques les encourage à faire circuler leur message".

Si les forces pro-talibans ont pris possession des régions frontalières pakistanaises, c'est dans la cosmopolite et aisée Islamabad que les islamistes extrémistes défient le plus fortement le gouvernement.

Le mois dernier, les religieux et étudiants de la Mosquée rouge ont enlevé une supposée patronne de maison close, la forçant à des aveux publics. Puis ils ont institué un tribunal islamique et menacé d'attentats-suicide si le gouvernement choisissait la force.

Sur les ondes d'une radio FM pirate, un imam de la Mosquée rouge a prévenu que ses étudiants rendraient bientôt visite aux habitants pour les convaincre de brûler des "objets sataniques" tels que les postes de télévision. Il aurait aussi menacé les épouses de diplomates, appelées à se "couvrir comme des musulmanes avant de sortir de chez elles".

Tariq Azeem, secrétaire d'Etat à l'information, assure que le gouvernement lutte contre les médias extrémistes et que tous ceux qui font l'apologie de la violence religieuse et des attentats-suicide "ne seront pas tolérés". Mais, explique-t-il, à cause d'Internet et des radios pirates capables de facilement changer de fréquence, il est difficile de les éliminer complètement.

Si elles ont disparu des étals des marchés des grandes villes, les vidéos jihadistes restent vendues sous le manteau. Et la production de vidéos de promotion de l'insurrection en Afghanistan s'intensifie: la semaine dernière, l'Associated Press a obtenu l'une d'elles, qui montre un jeune garçon décapitant un militant pakistanais accusé d'avoir trahi un chef taliban.

Sur Internet, le site affilié à Jaish-e Mohammed, groupe lié à Al-Qaïda interdit en 2002, continue de rendre hommage aux jihadistes. Un récent communiqué appelait même les jeunes à délaisser le jeu "sale et inutile" du cricket, sport national au Pakistan, pour prendre les armes.