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30 avril 2007

Internationales | Lundi 30 avr 2007 | 09:38

Un village afghan tiraillé entre le gouvernement et les talibans

KHAKAR, Afghanistan (AP) - Loin des combats entre soldats de la coalition et talibans, Khakar est un de ces villages tiraillés entre les deux camps qui illustre la difficile tâche de la communauté internationale en Afghanistan: militaires et travailleurs humanitaires y viennent rarement, par manque de moyens, et le village retombe sous la coupe des talibans dès que la place est libre.

A Khakar, dans la province de Zaboul (sud-est), l'équation est simple: si l'aide humanitaire et la présence militaire sont suffisantes, le village se rangera du côté du gouvernement afghan. Dans le cas contraire, il repassera sous le contrôle des insurgés.

"C'est très commun. Ils (les villageois, NDLR) observent pour voir comment ça se passe", explique le lieutenant-colonel américain Karl Slaughenhaupt, chargé de conseiller l'armée afghane. "Ils veulent soutenir le gouvernement, mais, aujourd'hui, nous n'avons tout simplement pas assez de contacts avec la population pour repousser les éléments anti-gouvernement."

C'est l'un des principaux problèmes du conflit afghan: plus de cinq ans après l'invasion du pays, le gouvernement et la communauté internationale n'ont fourni ni assez de nourriture ni assez d'armes pour permettre aux habitants de résister au retour des talibans.

"La solution, c'est l'économie. Si elle est bonne, il n'y aura pas de talibans. Mais aujourd'hui, je ne peux même pas donner à mes frères de Zaboul un morceau de pain", souligne Dalbar Ayman, gouverneur de la province.

Selon les Nations unies, jusqu'à 80% des 300.000 habitants de la province -pour la plupart de petits fermiers et éleveurs-manque de nourriture. On n'y compte que deux sages-femmes, pas d'obstétricien, et la plupart des onze comtés de la province ne disposent d'aucune infrastructure médicale.

Le sort des femmes ne s'y est pas vraiment non plus amélioré en cinq ans. Moins de 10% des jeunes filles sont scolarisées et seulement 5% savent lire. Lors des élections de 2005, 11% des femmes de la province ont voté, alors que la moyenne nationale s'élevait à 40%.

L'efficacité de l'aide humanitaire et de la reconstruction dépendent de la sécurité. Si elle n'est pas assurée, alors les talibans reprennent pied et sabotent tout le travail du gouvernement.

"Les gens ne croient pas qu'on peut les protéger", observe le gouverneur Ayman, qui souhaiterait une augmentation de 30 à 40% des troupes dans la région. Même point de vue chez Haji Fezal, fermier et patron d'une entreprise de transport. "Dans nos coeurs, nous ne soutenons pas les talibans, mais le gens n'ont pas le choix puisque le gouvernement ne peut pas garantir leur sécurité."

La province de Zaboul dispose de 600 soldats afghans et 1.000 de l'OTAN, soit un militaire pour 18km2. "Les soldats étrangers sont venus en Afghanistan pour mener à bien une tache, alors pourquoi on ne les a pas renforcés pour qu'ils puissent la finir?", interroge le gouverneur Ayman.

Un temps déployées sur tout le territoire, ces troupes ont été redirigées vers les zones où l'insurrection talibane est la plus forte, comme les provinces de Kandahar et d'Helmand, ou même vers l'Irak. Leur présence à Zaboul avait pourtant permis d'amorcer le développement économique mais, une fois ces soldats partis, "les fondations fragiles ont commencé à s'effondrer", selon le commandant américain Christopher Clay.

"Si on construit une école, les talibans vont venir, battre les enfants et la brûler. Si on est trop présent, cela attirera l'attention des talibans. Donc, il faut qu'on trouve le juste milieu", résume le capitaine Christopher Green. Pour le lieutenant-colonel Kevin McGlaughlin, qui dirigeait encore récemment l'équipe de reconstruction provinciale de Zaboul, la communauté internationale doit prévoir au moins 20 ans de reconstruction.