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08 janvier 2008

Nationales | Mardi 08 jan 2008 | 19:45

Le gouvernement Harper et la Commission de sûreté nucléaire s'affrontent

OTTAWA - La présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire accuse le ministre fédéral des Ressources naturelles d'ingérence inappropriée, et dans une lettre à Gary Lunn, elle avertit le gouvernement Harper qu'elle aura recours aux tribunaux si le ministre tente de la congédier.

Linda Keen est en guerre ouverte avec le gouvernement conservateur depuis la crise reliée à la pénurie mondiale de radio-isotopes, à la suite de la fermeture du réacteur nucléaire de Chalk River, en Ontario.

Mardi matin, un journal d'Ottawa publiait une lettre envoyée par le ministre Lunn à Mme Keen le 27 décembre dernier. Dans cette lettre, M. Lunn remet en question le jugement de cette dernière et menace de lui retirer son poste de présidente de l'organisme indépendant qui surveille la sûreté nucléaire au pays.

Mme Keen a réagi en publiant une réponse cinglante sur le site Internet de la commission, mardi après-midi. "Toute évaluation objective des faits révélera que les allégations contenues dans votre lettre sont dépourvues de tout fondement", écrit-elle dans sa lettre de huit pages.

La lettre de M. Lunn, et des commentaires faits par le ministre au cours d'une conversation téléphonique le 8 décembre, sont des exemples d'ingérence inappropriée à la fois dans l'indépendance institutionnelle de la Commission et dans l'administration de la justice, dit Mme Keen.

Selon elle, cette lettre aura un effet négatif sur les autres organismes quasi judiciaires qui sont supposés être indépendants du gouvernement.

En décembre, le gouvernement Harper, avec l'appui des trois partis d'opposition, a fait adopter une loi pour ordonner la réouverture du réacteur nucléaire de Chalk River, vieux de 50 ans, contournant ainsi la Commission de sûreté nucléaire, qui estimait qu'un système auxiliaire de sécurité devait être installé d'abord pour éliminer le mince risque de fusion du coeur du réacteur en cas de tremblement de terre ou d'autre désastre. Les politiciens jugeaient plutôt qu'il fallait absolument reprendre la production de radio-isotopes utilisés en médecine.

Mme Keen soutient que c'est Energie atomique du Canada limitée, et non sa Commission, qui a pris la décision de prolonger la fermeture du réacteur afin de parachever les améliorations.

Mme Keen a par ailleurs demandé au Commissaire à la protection de la vie privée d'enquêter sur les circonstances de la fuite de la lettre du ministre dans les médias.

Une porte-parole du ministre Lunn a justifié la lettre de ce dernier, mardi, soutenant qu'il était approprié pour le gouvernement d'examiner les options à sa disposition dans le but de résoudre les problèmes qui ont mené à cette situation, affirme Louise Girouard dans un courriel envoyé à La Presse Canadienne.

Mme Keen a été nommée à son poste en 2001, et elle en est à son deuxième mandat de cinq ans.

Les libéraux ont accusé les conservateurs de faire de Mme Keen un bouc émissaire pour détourner l'attention de leur incapacité à faire face à la crise des radio-isotopes. Et le Nouveau Parti démocratique a vu dans la menace de M. Lunn un nouvel exemple de la façon dont le gouvernement de Stephen Harper fait passer la politique partisane avant la bonne gouvernance.

A la lumière de la lettre de M. Lunn, le Sierra Club du Canada a appelé le Parlement à protéger l'indépendance de la Commission de sûreté nucléaire.