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08 janvier 2008

Nationales | Mardi 08 jan 2008 | 19:49

Le Canada ne peut pas choisir ses alliés dans la guerre contre le terrorisme

OTTAWA - Le Canada déteste peut-être la torture, mais lorsque vient le temps de s'impliquer dans la guerre mondiale contre le terrorisme, son gouvernement doit souvent collaborer avec des régimes qui ne sont pas aussi respectueux des droits humains que lui, reconnaît un avocat du gouvernement fédéral.

La police canadienne et les responsables de la sécurité ne peuvent pas courir le risque d'ignorer certains renseignements importants, a indiqué mardi Michael Peirce devant une commission d'enquête.

"Malheureusement, nous savons que le terrorisme est souvent issu de pays avec de piètres bulletins au chapitre des droits humains, a noté M. Peirce. Le Canada ne peut pas se permettre de s'isoler, dans sa collecte de renseignements, de ces importantes sources d'information."

La commission, présidée par l'ex-juge de la Cour suprême, Frank Iacobucci, enquête sur les allégations de trois Arabo-Canadiens qui affirment avoir été détenus et torturés en Syrie et en Egypte en raison d'informations fournies par les autorités canadiennes.

Abdullah Almalki, Ahmad El Maati et Muayyed Nureddin nient entretenir des liens avec des groupes terroristes et blâment la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pour leurs épreuves.

M. Peirce a débuté son témoignage en rappelant que le Canada ne tolérait pas la torture, mais a poursuivi en faisant valoir que même si Ottawa a signé la Convention des Nations unies contre la torture, ce traité n'est pas la seule autorité légale sur la question.

Cette convention est large et générale, et elle ne se traduit par aucune obligation légale pour les agents des autorités fédérales qui travaillent sur ces dossiers, a-t-il soutenu.

Le risque qu'un suspect soit maltraité à l'étranger n'est qu'un de nombreux facteurs que doivent soupeser le SCRS et la GRC lorsqu'ils décident de partager ou non un renseignement avec un régime étranger, a estimé M. Peirce.

Les agents étudient aussi les renseignements fournis par ces régimes par le passé et le niveau de menace que représente un suspect, a-t-il poursuivi.

Avec une telle position, le gouvernement admet pratiquement qu'il doit sacrifier les libertés civiles au nom de la lutte contre le terrorisme, a estimé Jasminka Kalajdzic, une avocate pour M. Almalki.

"La sécurité ne peut pas être obtenue en enfreignant les droits humains, a-t-elle indiqué à M. Iacobucci. C'est le message que cette commission doit envoyer."

L'audience de mardi, ainsi qu'une autre prévue mercredi, marquait la première intervention publique de la commission Iacobucci depuis le mois d'avril. La quasi-totalité de ses travaux s'est déroulée à huis clos, conformément au mandat qui lui a été confié par le gouvernement conservateur il y a plus d'un an.