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17 janvier 2008

Nationales | Jeudi 17 jan 2008 | 20:22

La critique des E.-U. pourrait encourager le Canada à quitter l'Afghanistan

OTTAWA - Les critiques du secrétaire américain à la Défense envers le travail des forces alliées de l'OTAN en Afghanistan pourraient être la goutte qui fait déborder le vase et convaincre le Canada d'y abandonner sa mission de combat, a estimé jeudi le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton.

M. Layton, qui s'oppose à la présence canadienne en Afghanistan, a prédit que les mauvais sentiments engendrés par les commentaires de Robert Gates pourraient suffire pour convaincre le Parlement de ne pas prolonger la mission canadienne au-delà de 2009.

L'attitude des Américains déplaira aux Canadiens - qui n'ont jamais pleinement endossé la mission - et pourrait avoir un impact sur l'opinion publique.

"Je crois que les Canadiens, tout comme ils se sont levés et se sont opposés à la guerre en Irak - convainquant ultimement Jean Chrétien de prendre la bonne décision au dernier moment -, les Canadiens doivent se faire entendre maintenant", a affirmé M. Layton.

"Nous pouvons modifier la trajectoire de la politique étrangère canadienne."

Dans un entretien avec le quotidien Los Angeles Times cette semaine, M. Gates a laissé entendre que les soldats canadiens, britanniques et néerlandais n'ont pas été efficaces en Afghanistan - une opinion qui a été reprise jeudi dans les pages éditoriales de l'influent Washington Post.

M. Gates a affirmé que, pendant que les forces américaines font un excellent travail dans l'est de l'Afghanistan, des inquiétudes subsistent par rapport aux alliés de l'OTAN dans le sud, qui ne sont pas bien formés pour les opérations contre les insurgés talibans.

A la suite de la parution de l'article, M. Gates a donné un coup de fil au ministre de la Défense, Peter MacKay, pour l'assurer que ces commentaires ne reflétaient pas son opinion des troupes canadiennes.

Les libéraux, déjà divisés sur la question du prolongement de la mission proposé en 2006 par le premier ministre Stephen Harper, ont estimé que les espoirs des conservateurs d'obtenir un deuxième prolongement viennent de connaître un sérieux échec.

"Je suis presque aussi insulté que lorsque George Bush a ignoré le Canada dans son discours après le 11 septembre et je crois que la plupart des gens se sentent aussi comme cela", a estimé le porte-parole libéral en matière de Défense, Denis Coderre.

M. Coderre a demandé au gouvernement conservateur d'exiger des excuses en bonne et due forme de la part de l'administration Bush.

Le premier ministre Harper a cependant minimisé l'impact de la controverse.

"Des responsables des Etats-Unis à tous les niveaux ont toujours fait connaître leur appréciation et leur confiance envers les forces canadiennes et j'ai entendu cela autant auprès de sources militaires qu'auprès de sources non militaires", a-t-il déclaré jeudi lors d'une visite en Saskatchewan.

"Je crois que c'est ce que le secrétaire Gates a indiqué au ministre MacKay hier alors il ne devrait y avoir aucune mauvaise interprétation de ces commentaires à l'endroit du Canada."

M. Gates a profité d'une conférence de presse jeudi pour tenter de limiter les dégâts en faisant l'éloge des efforts de l'OTAN dans le sud de l'Afghanistan.

Il a notamment précisé que l'Angleterre, le Canada et les Pays-Bas "ont assumé leurs responsabilités" dans le conflit afghan et jouent un "rôle significatif et puissant" dans le sud de l'Afghanistan.

Dans un éditorial du Washington Post paru jeudi, le quotidien a laissé entendre que l'envoi planifié de 3200 marines américains dans le sud de l'Afghanistan semble indiquer que la mission de l'OTAN est un échec, et que la défaite des talibans sera le fait des soldats américains.

"Si cela signifie qu'il faut réduire le rôle de l'OTAN ou heurter les sentiments de certains gouvernements alliés, alors qu'il en soit ainsi", a opiné le quotidien.

Selon M. Coderre, il s'agit d'une preuve de plus que le secrétaire Gates n'a pas été cité hors contexte.