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15 février 2008

Internationales | Vendredi 15 fév 2008 | 11:35

Kosovo: crispations sur la prochaine déclaration d'indépendance

PRISTINA, Serbie - Ce n'est probablement qu'une question de jours avant que le Kosovo ne déclare son indépendance, mais Belgrade toujours soutenu par Moscou exclut de reconnaître ce nouvel Etat et crie à la déstabilisation des Balkans ainsi qu'au dangereux précédent, tandis que l'ONU et même l'Union européenne, majoritairement favorable à la sécession, restent divisées.

"Nous ne reconnaîtrons jamais l'indépendance du Kosovo. Ni maintenant, ni dans un an, ni dans dix ans. Jamais. Le Kosovo fera toujours partie de la Serbie", a tonné le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, jeudi soir au Conseil de sécurité des Nations unies.

Il a demandé la reprise des pourparlers et plaide pour une large autonomie de la province de deux millions d'habitants, dont 90% environ sont albanophones.

En cas de déclaration unilatérale d'indépendance, le gouvernement et le Parlement de Belgrade "déclareront nulles et non avenues les actions des autorités de Pristina". "Nous prendrons toutes les mesures diplomatiques, politiques et économiques pour empêcher (puis) faire annuler cette attaque directe et non provoquée contre notre souveraineté", a-t-il menacé. Interrogé sur la teneur de ces mesures, le ministre a invoqué le "secret d'Etat" mais a assuré que "la Serbie ne recourr(ait) pas à la force".

Le président serbe Boris Tadic a estimé que les relations diplomatiques avec les pays qui reconnaîtraient l'indépendance du Kosovo seraient forcément détériorées.

A l'ONU, le Conseil de sécurité reste profondément divisé sur le statut du Kosovo, cette petite province du sud de la Serbie placée sous administration civile de l'ONU depuis 1999. La Russie, alliée traditionnelle de Belgrade, exige la reprise des négociations, tandis que les Etats-Unis et l'Union européenne prônent l'indépendance sous supervision internationale.

A l'intérieur même de l'UE, les points de vue varient. Si la France ou la Grande-Bretagne par exemple plaident pour une accession rapide des Albanophones à l'indépendance, Chypre ou la Grèce se méfient. La ministre grecque des Affaires étrangères Dora Bakoyannis a ainsi insisté vendredi pour que le cas du Kosovo reste "absolument" unique.

Athènes craint en effet que la reconnaissance par l'UE et Washington de l'indépendance du Kosovo ne constitue un précédent, notamment pour les sécessionnistes de la partie occupée par la Turquie à Chypre. Le porte-parole du secrétariat d'Etat américain, Sean McCormack, a assuré que Washington ne considérerait "pas cela comme un précédent".

L'argument est régulièrement invoqué par Belgrade, dont le chef de la diplomatie a brandi le spectre d'"une cascade incontrôlée de sécessions".

Moscou insiste aussi beaucoup sur cet aspect et a prévenu vendredi qu'un soutien des pays occidentaux à l'indépendance du Kosovo l'obligerait à "adapter" sa politique à l'égard de deux régions séparatistes de Géorgie que le Kremlin soutient, selon l'agence de presse Interfax. Des analystes russes et européens jugent cependant peu probable que la Russie prenne le risque d'un conflit majeur avec les pays occidentaux en reconnaissant l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Viktor Tchourkine, a par ailleurs mis en avant le "réel danger d'un regain de violence inter-ethnique et d'activités d'extrémistes au Kosovo et dans les Balkans en général". Il a en particulier souligné l'inquiétude de la minorité serbe du Kosovo, principalement installée dans le nord de la province.

Signe de la tension dans cette région, une bombe a explosé -sans faire de victimes-jeudi soir dans la partie serbe du nord de Kosovska-Mitrovica, ville de 100.000 habitants coupée en deux entre Serbes et Albanophones, selon la police locale. Des jeunes gens serbes probablement armés surveillaient le pont séparant les deux communautés.

Désireux d'apaiser le climat, le Premier ministre kosovar Hachim Thaçi a annoncé vendredi la création d'une agence gouvernementale chargée de la protection des Serbes. "Aucun citoyen ne fera l'objet de discrimination ni ne sera laissé de côté", a-t-il garanti.

La mission de maintien de la paix de l'OTAN (KFOR), qui compte 16.000 hommes, a mis en place des points de contrôle pour prévenir d'éventuelles violences. Des dirigeants serbes du Kosovo ont appelé au calme et à la patience mais comptaient organiser des manifestations lundi, alors que l'on s'attend dans le même temps à des démonstrations de joie des Albanophones.

Selon des diplomates de l'UE, dans les jours suivant la prise d'indépendance du Kosovo, peut-être dès la semaine prochaine, les Vingt-Sept approuveront le déploiement de 1.800 hommes en remplacement de la mission de l'ONU (MINUC), pour épauler les dirigeants de la province.