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16 février 2008

Internationales | Samedi 16 fév 2008 | 12:54

Kosovo, l'indépendance imminente

PRISTINA - La fête a commencé à Pristina. Après des siècles de domination serbe, une guerre qui a fait 10.000 morts et une décennie de "protectorat" de l'ONU, le petit Kosovo, à majorité musulmane et albanophone, se préparait à faire l'histoire dimanche, en déclarant son indépendance.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des explosions de joie spontanée se sont emparées de Pristina, comme si la nouvelle réalité, celle de la naissance d'une nation, prenait enfin corps.

"L'indépendance est un rêve pour tout les Kosovars, et je suis très heureux, comme tout le monde", déclarait Lumturije Bytyqi, 20 ans. Toute la nuit, on a dansé. Klaxons et tambours ont résonné dans Pristina, pavoisée des drapeaux rouges frappés de l'aigle noir kosovar à deux têtes, aux côtés des étoiles de ceux des Etats-Unis et de l'UE.

Dimanche sera "un grand jour, un jour de paix", a déclaré samedi le Premier ministre Hashim Thaci, ancien dirigeant de l'UCK, l'Armée de libération du Kosovo. Il devait convoquer une session extraordinaire du Parlement dimanche après-midi, pour adopter la déclaration d'indépendance.

Une indépendance sur laquelle se pencheront dès lundi les ministres des Affaires étrangères de l'UE, bien que les Vingt-Sept soient loin d'être vraiment unanimes. Mais le petit Kosovo s'est résolument tourné vers l'Europe, et vers les Etats-Unis, contre Belgrade soutenue par Moscou.

Dans la province, la petite minorité serbe serre les dents, assimilant la sécession à une amputation inacceptable. "Je demande à tous les Serbes de rejeter l'Etat-monstre du Kosovo et de tout faire pour empêcher sa naissance", a lancé Marko Jaksic, dirigeant extrémiste des Serbes kosovars.

A Kosovska Mitrovica, ville du nord de la province, ethniquement coupée en deux et porte de l'enclave serbe au Kosovo, l'humeur était noire, loin de celle de Pristina.

"Nous sommes Serbes, et ceci restera la Serbie à jamais", tonnait Djordje Maric, 18 ans, pointant un doigt accusateur vers le pont sur l'Ibar, la rivière séparant les deux mondes. "Nous sommes prêts à défendre notre territoire à tout prix, y compris au prix de nos vies".

Le Kosovo est administré par l'ONU depuis 1999 et l'intervention de l'OTAN, une campagne militaire de 79 jours qui mit fin à l'offensive des armées de Slobodan Milosevic contre les séparatistes albanophones. Sur les deux millions de Kosovars, 90% sont de souche albanaise, la plupart musulmans, avec une petite minorité de catholiques.

De son côté, l'UE a donné samedi son feu vert à EU-LEX, mission européenne qui viendra en quatre mois prendre le relais de l'administration onusienne: forte à terme de 1.800 personnes, dont 700 policiers, elle devra "assister les institutions kosovares" et aider au développement et au renforcement d'institutions judiciaires et de sécurité multiethniques "libres d'interférence politique". Le Néerlandais Pieter Feith sera le représentant spécial de l'UE au Kosovo, pour une mission dirigée par le général français à la retraite Yves de Kermabon, patron de la KFOR en 2004-2005.

L'indépendance kosovare contient en germe une crise diplomatique de grande ampleur, sans parler d'éventuelles violences sur le terrain. L'OTAN, qui compte encore 16.000 hommes au Kosovo, a renforcé ses patrouilles dans le nord et autour des enclaves serbes isolées.

Emboîtant le pas à Belgrade, le Kremlin a pressé le Conseil de sécurité de l'ONU d'intervenir, agitant la menace d'un réveil des "conflits gelés" dans le monde. Quant à la Serbie, elle dégainera son "plan d'action" qui comprendrait notamment la dégradation des relations diplomatiques avec les pays reconnaissant le Kosovo.

Chez le grand voisin albanais en revanche, dimanche devait être journée sans voiture dans Tirana, pour laisser les rues à la fête. L'Albanie a promis qu'elle assurerait l'approvisionnement en électricité du Kosovo si Belgrade ripostait à l'indépendance en coupant le courant.

A l'heure où le rêve devient réalité, nombre de Kosovars pourtant ont encore bien du mal à y croire. Et la joie est tempérée par les défis innombrables qui les attendent: comment bâtir une société multiethnique viable et sortir de la pauvreté et d'un chômage qui atteint les 50%.

Mais dans Pristina, partout des affiches appelaient les Kosovars à surtout profiter de l'instant. "Célébrez dans la dignité", pouvait-on y lire. En attendant les feux d'artifice de l'indépendance, dimanche.