Sports
18 mars 2008
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"En 2000, avant les Jeux de Sydney, c'était déjà la folie, rappelle Patricia Quint, responsable de l'équipe de France féminine. Tous les nageurs testaient les combinaisons pour dénicher la meilleure."
Depuis dix ans, les équipementiers qui se partagent le marché (Speedo, Arena, Tyr, Nike, Adidas) se livrent une véritable guerre afin d'offrir à leurs nageurs le matériel le plus performant.
Le 12 février dernier, le lancement de la nouvelle combinaison Speedo, baptisée LZR Racer, a ainsi réuni les stars de la natation US: Michael Phelps, Ryan Lochte, Natalie Coughlin, Katie Hoff et Kate Ziegler. A cette occasion, Ryan Lochte n'a pas manqué de saluer les qualités de cette deuxième peau: "Revêtir la combinaison vous donne l'impression d'être un super héros, c'est tout simplement impressionnant."
Quelques jours plus tard, lors du Grand Prix du Missouri (15-18 février), l'Américaine Natalie Coughlin et la Zimbabwéenne Kirsty Coventry lui donnaient raison en améliorant, vêtues de la LZR Racer, les records du monde des 100 et 200m dos.
"Speedo a bien réussi son coup, a constaté Denis Auguin, l'entraîneur du sprinter français Alain Bernard en contrat avec la marque, le 23 février lors de la Coupe de France à Lyon. Ils ont sorti leur matériel les premiers et leurs nageurs ont marché très fort d'entrée."
N'en déplaise aux puristes, les Bleus ont cédé, eux aussi, aux sirènes des équipementiers.
"C'est normal, estime Amaury Leveaux, médaillé d'argent du 100m papillon à l'Euro 2006 et sponsorisé par l'équipementier américain Tyr. La combinaison est entrée dans les habitudes des nageurs. Si tu n'en as pas, tu ne va pas aller vite."
Hugues Duboscq, médaillé de bronze sur 100m brasse aux JO d'Athènes, a aidé au développement de la dernière-née de chez Speedo.
"Je l'ai testé à l'Institut des sports de Canberra, puis à Lisbonne, a-t-il indiqué. Le gain de sensations est impressionnant. J'ai hâte de voir ce que cela va donner en compétition."
Cinquième du 800m nage libre des Mondiaux de Melbourne, Sophie Huber, équipée par Arena, se montre plus réservée quant aux effets réels des combinaisons: "Il ne faut pas trop fantasmer. La combinaison tend à devenir une deuxième peau, mais il faut surtout qu'elle soit agréable à porter. Il y a aussi un effet placebo, car cela joue sur la confiance. Le matériel n'a jamais garanti de médailles olympiques. Ca peut en aider certains, notamment sur le gainage, mais cela reste infime."
Un avis que partage Denis Auguin, l'entraîneur d'Alain Bernard à Antibes: "Il ne faut pas trop s'enflammer car l'effet n'est pas quantifiable. Le plus important, c'est que le nageur se sente bien dedans. Il doit être en confiance avec son matériel, comme il doit l'être avec son entraîneur. Mais la réussite aux Jeux repose sur un ensemble de détails, parmi lesquels figure la combinaison."
Pour Amaury Leveaux, tous les sports sont concernés par ces révolutions technologiques.
"Je ne trouve pas que cela dénature le sport, cela en fait partie aujourd'hui, a-t-il analysé. Toutes les disciplines connaissent des progrès. En cyclisme, le carbone a allégé les vélos. En ski, c'est pareil. Avant, les combinaisons flottaient. Maintenant, elles collent à la peau".
Et d'ajouter: "Chaque nageur apprécie une marque, une forme, un style différent. C'est comme les goûts et les couleurs, cela dépend."