Culture et Showbiz
08 mai 2008
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Du moment où il a commencé à jouer du piano dans le même quartier défavorisé que Peterson - qui habitait à une quinzaine de maisons de chez lui, dans le sud-ouest de Montréal - jusqu'à aujourd'hui, quand une bonne partie des concerts que donne Jones sont en fait des hommages à son ami, les liens entre les deux sont impossibles à contourner.
Mais en dépit de sa propre carrière scintillante dans le monde du jazz, Jones ne semble pas se formaliser de cette association. Lorsqu'on tente de discuter avec lui de sa carrière, la conversation dévie presque inévitablement vers ses souvenirs de la famille Peterson, qu'il s'agisse de l'ascension du jeune Oscar vers la gloire internationale ou du plaisir qu'il ressent à constater que la musique de Peterson continue d'être honorée.
"Oscar avait beaucoup de talent naturel, mais il travaillait aussi très fort", a dit Jones, qui a participé à plusieurs concerts en hommage à son ami depuis le début de l'année, et qui participera à d'autres en Suisse, en France, en Espagne et en Ecosse.
"Il avait une discipline très, très stricte, et des habitudes de travail merveilleuses. On ne devient pas le plus grand pianiste de jazz de la planète par simple hasard", a ajouté Jones au sujet de Peterson, qui est décédé quelques jours avant Noël l'an dernier.
Jones explique que c'est cette même éthique de travail qui lui a permis, à lui aussi, de connaître du succès. Il se souvient notamment d'une pièce que Peterson lui avait demandé de travailler, quand il avait environ 10 ans.
"Je me souviens d'avoir commencé à jouer et il m'a dit, 'Oh, tu n'as pas pratiqué du tout, pas vrai?'. Et j'ai dit, 'Non', et j'ai ajouté que j'étais allé jouer au baseball ou courir, a dit Jones, qui était de neuf ans le cadet de Peterson. Et il m'a dit, 'Eh bien, tu dois décider si tu veux être un athlète ou un musicien'. Et à partir de ce moment, j'ai compris à quel point il prenait la musique au sérieux."
Jones a lui aussi finalement pris la musique au sérieux, même si le monde du jazz ne l'a découvert qu'après l'âge de 50 ans. Il a conquis critiques et amateurs avec sa technique phénoménale et son style endiablé.
Depuis le milieu des années 1980, Jones accumule les prix, ayant notamment récolté un Prix du gouverneur général du Canada pour l'ensemble de son oeuvre et une multitude de doctorats honorifiques. Il est aussi membre de l'Ordre du Canada.
Jones lance cette semaine son 12e album, "Second Time Around", une référence amicale à sa brève retraite du monde de la musique qui a pris fin avec l'album "One More Time", en 2005.
On y retrouve plusieurs pièces classiques - comme "Misty", "When I Fall In Love", "Surrey With a Fringe On Top" - et des pièces originales composées par Jones. Deux des pièces ont ainsi été écrites pour des membres de son groupe, son joueur de guitare basse, Eric Lagace, et son batteur, Jim Doxas. "J'aime écrire en m'inspirant des gens autour de moi", dit de sa voix douce l'homme de 73 ans.
Ces jours-ci, Jones passe environ six mois de l'année à Montréal et six mois en Floride, où il joue aussi souvent que possible au golf, une activité qu'il décrit comme étant "sa passion".
Sa prochaine prestation en hommage à Peterson aura lieu plus tard ce mois-ci, à Berne, en Suisse, après quoi il participera aux festivals de jazz de Montréal et de Toronto.