Pour le président de la FTQ, Michel Arsenault, le plan proposé par le premier ministre Stephen Harper comporte des vices de forme inacceptables.
"La formule du fonds disponible aux provinces apparaît intéressante, prise en soi, mais qu'on la rende conditionnelle à l'adoption du prochain budget, sans tenir compte de la part de l'industrie en difficulté de chaque province - par exemple 40 pour cent des pertes d'emplois sont au Québec - ça nous reste en travers de la gorge", a déclaré M. Arsenault.
En fait, des données émanant du ministère fédéral des Ressources naturelles établissent à 35 pour cent la part des mises à pied dans l'industrie forestière qui ont été faites au Québec au cours des cinq dernières années. Si l'on ajoute les mises à pied annoncées et qui ne sont pas encore en vigueur, la part du Québec s'établit à 34 pour cent, selon ces données qui datent du 4 janvier dernier.
"Rendre ces sommes, insuffisantes au départ, disponibles au pro rata de la population de chaque province équivaut à décréter que l'économie canadienne, dans l'Ouest comme dans l'Est, évolue de la même façon, ce qui n'est évidemment pas le cas", a fait valoir le président de la FTQ.
"C'est comme si, en raison d'une crise du verglas à Montréal, on attribuait 120 millions $ à l'Alberta (ou 15 pour cent du fonds) alors que l'Alberta n'a pas de problème de verglas", a ajouté M. Arsenault.
"On parle d'un budget, fin février début mars, dans lequel il va y avoir peut-être 200 millions $ pour le Québec. Nous évaluons qu'il faudrait 1 milliard $, juste pour l'industrie forestière au Québec", a dit le président de la FTQ.
Il y voit "un pur calcul politique". Il accuse le gouvernement fédéral de se servir des travailleurs "comme de vulgaires balles de ping-pong" soumises aux aléas d'un vote de confiance au prochain budget.
Pour sortir de cette dynamique, M. Arsenault suggère au gouvernement Harper de puiser dans la Caisse d'assurance-emploi qui, l'an dernier, a enregistré un surplus de 3,2 milliards $. "Le gouvernement pourrait sans débat en Chambre, sans convoquer le Parlement, dépenser ce surplus", a-t-il avancé.
Du côté du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-Québec, affilié à la FTQ), le vice-président Renaud Gagné trouve "scandaleuse" la façon de faire du gouvernement Harper.
"Il fait passer ses intérêts politiques avant ceux de la population, des travailleurs et des communautés" quand il lie l'aide à l'adoption du prochain budget.
"Dans un contexte de gouvernement minoritaire, il s'agit d'une manoeuvre pour se maintenir au pouvoir ou encore de faire porter l'odieux sur les partis d'opposition, s'ils n'appuient pas le budget. Pendant ce temps, les travailleurs perdent leur emploi et vivent dans l'insécurité la plus totale", a dit M. Gagné.
Pour sa part, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, espère que le premier ministre Jean Charest et ceux des autres provinces sauront dire à M. Harper, vendredi à Ottawa, que son plan d'aide est insatisfaisant.
"J'espère que le premier ministre Charest va revenir à la charge et je suis relativement confiante qu'il va le faire. On a eu une rencontre avec le premier ministre, le Conseil des partenaires du développement économique et (...) nous étions tout à fait sur la même longueur d'onde. Le patronal, les organisations syndicales et le gouvernement du Québec nous apprêtions à parler d'une seule voix", a indiqué la présidente de la CSN.
Elle voit d'ailleurs dans l'annonce faite par le premier ministre Harper une tentative de sa part "d'évacuer un débat à faire avec les premiers ministres du Canada. Je souhaite ardemment qu'ils reviennent tous à la charge pour le forcer à revoir une décision qui est insuffisante, injuste, et pour les travailleurs et pour le Québec", a-t-elle affirmé.
Du côté du Conseil de l'industrie forestière du Québec, Jacques Gauvin, adjoint du président-directeur général Guy Chevrette, s'est dit déçu de la proposition fédérale.
"Un milliard $ sur trois ans pour tout le Canada me paraît insuffisant, d'autant plus qu'on ignore quel genre de partage sera fait entre le secteur manufacturier et forestier. La crise forestière est d'une ampleur telle qu'elle aurait mérité une intervention spécifique et à hauteur acceptable", a-t-il soutenu.
"L'intervention fédérale a pris beaucoup de temps à arriver. On voulait que ce soit vigoureux et logique en regard de la crise. Voilà que le gouvernement minoritaire nous arrive avec un plan conditionnel à un budget", a-t-il dit.