Les défenseurs de l'environnement espèrent que cette récompense lèvera les derniers doutes pesant sur la nécessité de mener la lutte. Et en arrière-fond, le choix du Comité Nobel pose une question touchant à la scène politique américaine: aura-t-il une quelconque influence concernant les chances d'Al Gore de se lancer dans la course à la Maison Blanche en 2008. Décision qui, à en croire l'intéressé avant l'annonce du prix, ne faisait pas partie de ses projets. D'après deux de ses conseillers ayant requis l'anonymat, l'attribution du prix ne devrait pas rendre plus probable l'entrée en lice de l'ex-rival de George W. Bush lors de la présidentielle de 2000.
"Je suis profondément honoré de recevoir le prix Nobel de la paix", a déclaré l'ancien vice-président américain. "Nous faisons face à une véritable urgence planétaire. La crise du climat n'est pas une question politique, c'est un défi moral et spirituel pour toute l'humanité".
Le président du Comité Nobel, Ole Danbolt Mjoes, a précisé que le prix décerné cette année ne devait pas être considéré comme une critique déguisée du président George W. Bush ou de son administration. Nombre reprochent à l'actuel chef de la Maison Blanche son refus du Protocole de Kyoto de 1997 sur la réduction des gaz à effet de serre et l'accusent de ne traiter avec suffisamment de sérieux la question du réchauffement climatique.
De l'avis de M. Mjoes, l'ensemble des puissances internationales, et pas seulement les Etats-Unis, se doivent de jouer un rôle.
Al Gore et le GIEC, groupe lié aux Nations unies, ont été récompensés pour "leurs efforts en vue de bâtir et de transmettre une plus grande connaissance au sujet du réchauffement climatique dû à l'activité humaine, et de jeter les bases pour les mesures nécessaires en vue de contrer ce changement".
Engagé dans la défense de l'environnement, l'ancien numéro deux de l'administration Clinton a notamment été la figure centrale du documentaire couronné d'un Oscar, "Une Vérité qui dérange" de Davis Guggenheim, sur les effets du réchauffement climatique. Il s'est également associé avec Kevin Wall, fondateur de Live Earth, pour une série de concerts à travers le globe en juillet au service de la lutte contre le réchauffement.
"Son engagement fort" a renforcé la lutte contre le changement climatique", a estimé le Comité Nobel norvégien. Il "probablement la personne qui a le plus fait pour aider à une plus grande connaissance internationale des mesures" devant être "adoptées".
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a, lui, été distingué pour ses travaux et rapports sur les conséquences du réchauffement climatique. Le GIEC a notamment conclu que le phénomène était "très probablement" causé par l'activité humaine. Pour le Comité Nobel, ces rapports "ont créé un consensus plus largement informé sur le lien entre l'activité humaine et le réchauffement climatique".
L'attribution du Nobel de la paix à l'organisation et à Al Gore a déclenché un flot de réactions, à quelques semaines de l'ouverture en décembre de la conférence de Bali, où vont démarrer les négociations des suites du protocole de Kyoto.
Le président Bush a fait savoir qu'il était "heureux" pour son ancien rival à son ancien adversaire de 2000 et pour le GIEC. "C'est une importante reconnaissance et nous sommes sûrs qu'(Al Gore) est ravi", a précisé Tony Fratto, porte-parole de la Maison Blanche.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a fait du changement climatique une de ses priorités, a souligné "l'engagement et la conviction exceptionnels" d'Al Gore, et salué les travaux du GIEC aux "conclusions lucides et étayées".
Le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso a lui estimé que le travail des lauréats était "une inspiration pour les hommes politiques et les citoyens".
En France, le président Nicolas Sarkozy a exprimé sa "très grande joie", saluant le Comité Nobel pour avoir montré que "la lutte d'aujourd'hui contre le changement climatique était un facteur déterminant de la paix de demain".
Dans ce concert d'éloges, une voix discordante, celle du président tchèque Vaclav Klaus, "surpris" de la décision de distinguer Al Gore, car "le lien entre ses activités et la paix mondiale" est "flou".
Créé en 1895 par l'industriel suédois Alfred Nobel pour honorer notamment l'antimilitarisme, le Nobel de la paix a évolué ces dernières années pour récompenser personnes ou institutions engagées pour les droits de l'Homme, la démocratie, la lutte contre la pauvreté, et l'environnement. Le prix Nobel de l'économie, dernier de la saison, sera attribué lundi.