Tout en s'érigeant en "champion de la défense des droits humains et de l'Etat de droit", le gouvernement américain a persisté à mettre en oeuvre l'an dernier des "politiques et des pratiques non conformes aux normes en matière de droits humains", souligne l'organisation dans son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde.
Pour la secrétaire générale d'Amnesty Irene Khan, l'attitude des Etats-Unis et de leurs alliés a été un exemple destructeur pour d'autres pays. A travers le monde, la lutte contre le terrorisme a servi d'excuse à des Etats pour violer les droits humains et étouffer toute dissidence.
"L'un des plus grands coups portés aux droits humains a été la tentative d'Etats occidentaux démocratiques de revenir sur certains des principes fondamentaux des droits de l'Homme, comme l'interdiction de la torture", a expliqué Irene Khan à l'Associated Press.
Le rapport condamne ainsi la réponse des Etats-Unis au terrorisme. Pour l'ONG, Washington a peu fait pour réduire la menace, tout en accroissant le climat de méfiance entre musulmans et non-musulmans et en sapant l'Etat de droit. Elle épingle notamment le programme de détentions secrètes dirigé par la CIA et les "restitutions" (transferts secrets et illégaux de détenus suspectés de terrorisme), la torture et d'autres formes de traitement cruel, inhumain ou dégradant.
Fin 2006, des milliers de personnes étaient toujours détenues par les Etats-Unis, sans inculpation ni jugement, en Irak, en Afghanistan, et sur la base navale américaine de Guantanamo (Cuba), observe Amnesty.
Pour Irene Khan, la position unique des Etats-Unis sur la scène mondiale justifie ces critiques. "Si nous fixons notre regard sur les Etats-Unis, c'est parce que nous croyons qu'ils sont un pays dont le pouvoir et l'influence énormes doivent être utilisés de façon constructive", dit-elle.
Des pays européens font aussi l'objet d'attaques pour avoir enfreint leurs obligations internationales, en "renvoyant des personnes vers des pays où elles risquaient de subir de graves atteintes à leurs droits fondamentaux, y compris des tortures", selon Amnesty, qui épingle par ailleurs les nouvelles législations en matière de lutte contre le terrorisme ou l'immigration approuvées par la Grande-Bretagne, l'Australie et le Japon.
La répression visant les journalistes en Russie suscite aussi la colère de l'organisation internationale, tout comme la dégradation de la situation en matière de droits de l'Homme au Zimbabwe, et par-dessus tout, la poursuite de la violence au Darfour, "une blessure" dans la "conscience du monde", selon Irene Khan.
Pour ce qui est de la Russie, Amnesty évoque notamment l'assassinat en octobre de la journaliste Anna Politkovskaïa, et une nouvelle loi, très controversée, conférant aux autorités un pouvoir renforcé en matière de surveillance du financement et des activités des ONG.
Le rapport critique d'autre part le rôle de la Chine dans la protection du Soudan contre toute action de l'ONU, un sujet à propos duquel Irene Khan pointe du doigt l'autorité morale affaiblie des pays poussant en faveur d'une intervention internationale.
Le rapport contient cependant des notes positives, jugeant que la modification de l'équilibre des pouvoirs au Congrès américain et la croissance des réseaux d'activistes offrent des motifs d'espérer. Pour Irene Khan, seuls la solidarité mondiale et le respect du droit international peuvent permettre de s'attaquer à la question des droits de l'Homme.