Le président américain, dont l'héritage restera terni par la guerre en Irak, espère peut-être redorer son blason et laisser une autre trace dans l'histoire en tentant de redonner une impulsion à la paix dans cette région troublée.
George W. Bush n'est pas le premier président des Etats-Unis à vouloir s'impliquer dans les pourparlers israélo-palestiniens. Son prédécesseur Bill Clinton, dans les derniers jours de sa présidence, avait fait de cette question sa priorité numéro un. Mais, à l'exception notable de Jimmy Carter, dont les sessions de Camp David en 1978 avaient débouché l'année suivante sur un traité de paix entre l'Egypte et Israël, les précédents efforts présidentiels au Proche-Orient ont échoué.
Lors de la conférence mardi à l'Académie navale d'Annapolis, petite ville tranquille du Maryland située à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Washington, les Etats-Unis tenteront d'obtenir une reprise des négociations de paix israélo-palestiniennes, suspendues depuis sept ans (échec de la médiation Clinton), période qui couvre toute la présidence Bush.
"Le président dira que la conférence d'Annapolis témoignera du large soutien international pour les efforts courageux des dirigeants (présents), qui aideront à parvenir à des progrès significatifs vers un règlement négocié juste et durable à ce conflit et, par la suite, à une paix globale au Proche-Orient", a expliqué Dana Perino, porte-parole de la Maison Blanche, quelques jours avant l'ouverture du sommet.
Mais les chances de parvenir à des avancées majeures à Annapolis sont minces. Israéliens et Palestiniens sont encore très éloignés sur nombre de sujets, et les Palestiniens eux-mêmes sont divisés.
"Autant pour Bush que pour (la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza) Rice, c'est loin d'être gagné. Et des questions d'image sont en jeu ici, surtout depuis que le président a promis en mai 2003 de donner (à ce dossier) la même attention qu'à l'Irak", analyse David Mack, qui était conseiller au département d'Etat pour les questions proche-orientales lors du premier mandat de George W. Bush (2001-2005).
A première vue, il pourrait sembler que Bush et Rice ont peu à perdre dans la conférence d'Annapolis, vu l'impopularité du chef de la Maison Blanche et de la guerre en Irak. Pour autant, la pression monte sur l'administration américaine pour que la conférence débouche sur des résultats concrets, sous peine de devoir subir un retour de bâton.
Un échec à Annapolis aurait "des conséquences dévastatrices dans la région et au-delà", a estimé un groupe d'anciens conseillers diplomatiques américains issus des deux partis dans une lettre adressée le mois dernier à Bush et Rice.
Shibley Telhami, professeur à l'Université du Maryland, partage cette analyse. "Un échec serait un désastre. Les gens savent que, si cette initiative est destinée à renforcer les Arabes modérés et s'ils échouent après avoir tant fait monter les attentes, alors le Hamas gagnera sans avoir à lever le petit doigt", estime cet universitaire.
M. Telhami craint que le conflit israélo-palestinien ne soit pas, en fait, la priorité de George W. Bush au Proche et Moyen-Orient. D'après lui, ce qui intéresse le plus le président américain après l'Irak, c'est plutôt l'Iran et son programme nucléaire.
Jon Alterman, spécialiste du Proche-Orient au Center for Strategic and International Studies, va plus loin. Pour lui, la conférence d'Annapolis est plutôt le "bébé" de Condoleezza Rice. "C'est son événement à elle. Ce n'est pas Bush qui l'a convoquée, qui a décroché son téléphone ou exercé les pressions", souligne-t-il. Bush, selon lui, n'attend pas grand-chose de ce sommet: "il n'a pas l'impression que les astres y sont favorables"...