La Syrie ne devrait pas annoncer une éventuelle participation à la rencontre avant la réunion, vendredi au Caire, des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, qui sera consacrée à la stratégie à adopter à Annapolis.
En public, les responsables affirment que la Syrie n'ira pas à Annapolis si la question du Golan, dont Damas demande la restitution, n'est pas abordée. Les journaux officiels restaient critiques mercredi à l'égard de la conférence organisée par Washington qu'ils qualifient de "suspecte".
Mais l'activité diplomatique intense autour de Damas et quelques commentaires officiels laissent déjà penser que le refus syrien pourrait évoluer. Lundi, le président Bachar el-Assad a expliqué que la région vit des événements qui "pourraient avoir une influence importante sur l'avenir des pays et des peuples si on ne les règle pas d'une manière rationnelle", un commentaire qui a été pris comme une allusion à la conférence américaine.
Le même jour, le président égyptien Hosni Moubarak affirmait penser que le ministre syrien des Affaires étrangères serait présent. Et la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a fait un pas vers Damas en déclarant mercredi que la conférence pourrait aborder la question du plateau du Golan, envahi par Israël en 1967.
Washington entretient des relations difficiles avec les Syriens, accusés de soutenir le terrorisme. Mais pour l'administration Bush, la présence de Damas donnerait l'impression que le pays peut être attiré hors du giron iranien. "Ils veulent montrer que la Syrie peut être apprivoisée", analyse Ahmad Haj Ali, un commentateur politique du parti Baas au pouvoir.
L'alliance avec l'Iran, le parti chiite libanais du Hezbollah et le Mouvement de la résistance islamique palestinien, le Hamas, dont le siège est à Damas et qui rejette la conférence, serait "secouée" si la Syrie devait se rendre à Annapolis, reconnaît le député Mohammed Abbash. "Alors, il ne faut pas penser une seconde que la Syrie ira simplement pour un morceau de chocolat."
La participation "dépend du genre d'invitation que nous recevons" et de l'ordre du jour, a confirmé à la BBC le vice-ministre des Affaires étrangères Faysal Mekdad, pour qui le Golan est un sujet incontournable. La décision pourrait aussi dépendre de l'issue de la crise politique au Liban, où pro et anti-syriens ne parviennent pas à s'entendre sur l'élection d'un nouveau président pour succéder au pro-syrien Emile Lahoud dont le mandat expire vendredi à minuit.
Mais les perspectives sont tentantes pour Damas, isolée dans le monde arabe depuis deux ans et à nouveau courtisée. Outre la visite du roi Abdallah de Jordanie, dimanche, la première en près de quatre ans, Assad a reçu des appels de Moscou ou de Rome pour le presser de contribuer au succès d'Annapolis et le Premier ministre israélien Ehoud Olmert a dit souhaiter la participation de la Syrie. Autant de gestes qui prouvent que la communauté internationale reconnaît l'influence syrienne dans la région.