Les Six Français de L'Arche de Zoé encourent jusqu'à 20 ans de travaux forcés pour "tentative d'enlèvement d'enfants tendant à compromettre leur état-civil, faux et usage de faux en écritures publiques et grivèlerie" tandis que leurs co-accusés, trois Tchadiens et un Soudanais, sont mis en cause pour "complicité d'enlèvement".
Le procès a commencé vendredi devant la cour criminelle de N'Djamena, avec les auditions d'Eric Breteau, président de l'association française, qui a assuré avoir agi de bonne foi et en ayant informé les autorités tant françaises que tchadiennes, et d'Alain Peligat, responsable de la logistique de l'opération.
Samedi, Emilie Lelouch, compagne d'Eric Breteau et coordinatrice de Children Rescue, le nom de L'Arche de Zoé au Tchad, a accusé les intermédiaires locaux d'avoir menti sur l'origine des 103 enfants qui devaient partir d'Abéché, dans l'Est du Tchad. "L'opération visait à évacuer des enfants orphelins de père et de mère de la guerre au Darfour, absolument pas du Tchad", a-t-elle dit, affirmant n'avoir jamais rencontré de parents mais juste des chefs de village qui ont toujours présenté les enfants comme des Soudanais.
Face au président de la Cour, elle insiste: "Je n'ai jamais eu aucun doute sur leur origine soudanaise." Interrogée sur les raisons de l'évacuation vers la France et pas un autre pays, Emilie Lelouch répond sèchement que "la France est un pays en paix". "Même au Tchad, ces enfants ne sont pas en sécurité", lâche-t-elle.
Après elle, Nadia Merimi, l'infirmière de l'association, Philippe Van Winkelberg, le médecin, et Dominique Aubry, le logisticien, se succèdent à la barre et rejettent chacun les trois chefs d'accusation.
Tous affirment s'occuper d'une activité précise sous la direction du chef de mission et n'avoir pas de décision à prendre. La Cour a également entendu le Soudanais Souleymane Ibrahim Adam, accusé de complicité dans l'enlèvement de 63 enfants. "Les Blancs m'ont dit qu'ils étaient venus aider les enfants des pauvres à Adré", dans l'Est du pays, se défend-il.
S'ils sont condamnés, les six Français pourront être transférés vers l'Hexagone pour purger leur peine en application de la convention d'entraide judiciaire existant entre les deux pays. Les autres accusés en revanche ne pourront pas bénéficier de cette mesure.
L'équipe a été arrêtée le 25 octobre dernier à Abéché. Des enquêtes ont révélé depuis que la plupart des enfants, âgés d'1 à 10 ans, étaient de nationalité tchadienne et vivaient avec leurs parents ou des adultes qu'ils considéraient comme tels. Selon des parents, ils ont confié leurs enfants à l'organisation non gouvernementale (ONG) pour qu'ils soient scolarisés au Tchad, et non qu'ils quittent le territoire.