Le lieutenant-colonel Rob Walker explique que l'attentat qui a coûté la vie à trois militaires canadiens, mercredi, dans le secteur afghan de Panjwaii, avait démontré que cette région n'était pas aussi sécuritaire que l'armée l'avait cru.
Le sergent Christos Karigiannis, le caporal Stephen Bouzane et le soldat Joel Wiebe ont perdu la vie dans l'explosion d'une bombe artisanale qui a touché leur véhicule non blindé, un véhicule tout-terrain. Ils circulaient alors dans la zone de 600 mètres qui sépare deux postes de contrôle.
Le lieutenant-colonel Walker ignore si cet attentat indique ou non que l'ennemi taliban s'attaquera désormais plus directement aux militaires canadiens. Mais l'explosion contraint l'armée à réviser l'évaluation optimiste qu'elle faisait de cette région, qu'elle considérait comme pacifiée depuis un an.
"A la lumière de l'évolution de la situation de sécurité dans le district de Panjwaï en général, et surtout maintenant que nous sommes spécifiquement ciblés, nous avons certainement réévalué l'utilisation de cet équipement (de transport) (...) et nous allons certainement cesser de l'utiliser", a dit le colonel Walker.
L'armée estimait que le Gator était le seul véhicule capable de transporter des biens dans cette région, en raison des routes étroites et cahoteuses.
Les postes de contrôle n'ont pas besoin d'être ravitaillés pour l'instant, dit l'armée, mais il faudra probablement avoir recours à des soldats se déplaçant à pied quand ce moment viendra.
Ces soldats ne seront toutefois pas plus en sécurité que ceux qui prenaient place à bord du Gator attaqué, puisque la bombe artisanale consistait d'une mine antipersonnel reliée à deux mines antichars. Le dispositif ne requiert que cinq kilos de pression pour exploser.
Cette attaque était la première à cibler les forces canadiennes dans le district de Panjwaï depuis plusieurs mois, même si les attaques dans le district voisin de Zhari et dans la région de la ville de Kandahar se multiplient.
Le district de Panjwaï a été le théâtre, l'automne dernier, de l'opération Méduse, 15 jours pendant lesquels les forces de l'OTAN auraient éliminé quelque 500 combattants talibans. Douze soldats canadiens avaient aussi été tués.
L'opération avait été suivie d'une vaste campagne de reconstruction, incluant la construction d'écoles, de routes et de canaux d'irrigation. Le gouvernement local avait aussi été stabilisé.
Le retour des bombes artisanales dans la région préoccupe le colonel Walker, et les forces canadiennes entendent rencontrer les dirigeants locaux pour évaluer la situation.
"Pourquoi Panjwaï? Pourquoi maintenant, pourquoi la situation change-t-elle après trois mois de calme relatif?, a-t-il dit. (Les talibans nous disent) nous sommes encore là et nous vous ciblons. Cette fois, ils nous ciblent directement et non les civils du district."