Les dirigeants turcs ont eu beau assurer que le fait que le Parlement turc ait donné son aval à des incursions contre les bases arrière du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ne signifie pas un passage à l'acte immédiat, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent en faveur d'une telle offensive. Par le passé, ce genre d'opération a certes affaibli la rébellion mais ne l'a pas éliminée.
"Tout sera fait dans le cadre légal de l'autorisation" du Parlement, a déclaré M. Erdogan à la télévision nationale, prônant "une approche calme, loin de l'agitation et fondée sur le sens commun". "Notre colère, notre haine est énorme", a-t-il cependant lancé, écartant d'éventuelles protestations de Washington et Bagdad, qui craignent qu'une attaque turque au Kurdistan irakien ne déstabilise cette région autonome relativement calme.
Conscient de la fragilité de la situation, le président irakien Jalal Talabani, lui-même d'origine kurde, a exhorté dimanche le PKK à se transformer en "organisation civile et politique". "S'ils persistent à se battre, ils doivent quitter le Kurdistan et l'Irak plutôt que d'y créer des problèmes", a-t-il dit à l'issue d'une rencontre à Erbil avec le chef du Kurdistan Massoud Barzani.
A Bagdad, le Parlement irakien a voté à l'unanimité une résolution rejetant une action armée de la Turquie et appelant le PKK à quitter le pays. M. Talabani a "déploré que du sang ait été versé (dimanche), qu'il soit turc ou kurde" et a annoncé qu'il rencontrerait le chef de la diplomatie turque, Ali Babacan, mardi. Mais il a ajouté que l'Irak ne pouvait pas faire mieux que l'armée turque "qui avec toute sa puissance n'a pas réussi à déloger ou capturer" les insurgés "dans les montagnes du Kurdistan". Massoud Barzani a pour sa part prévenu que les Kurdes "se défendraient contre toute agression".
Selon la chaîne de télévision CNN-Turk, les 12 soldats turcs ont été tués par l'explosion d'un pont au passage d'un convoi militaire de 12 véhicules dimanche matin près du village de Daglica, dans la province de Hakkari, à 5km de la frontière. L'armée a affirmé avoir tué 32 insurgés dans une contre-attaque accompagnée du bombardement de cibles rebelles présumées. L'Irak a fait état de bombardement du côté des villages kurdes de la zone frontalière. Aucune victime n'était signalée.
On ne confirmait pas de source officielle turque les informations de l'agence de presse Firat, favorable aux indépendantistes, selon lesquelles plusieurs soldats avaient été pris en otages. En deux semaines, l'armée a perdu une trentaine d'hommes. Par ailleurs, 17 personnes ont été blessées dans l'explosion d'un minibus près du secteur où les soldats ont été tués, d'après CNN-Turk. Un porte-parole du PKK dans le nord de l'Irak, Abdul-Rahman al-Chadrchi, a nié toute perte dans les rangs de l'organisation. Le conflit a fait plus de 30.000 morts depuis 1984.
Les développements de dimanche ont éclipsé le référendum sur la proposition du gouvernement islamiste modéré de faire élire le président au suffrage universel plutôt que par le Parlement. En cas de victoire du oui, les successeurs d'Abdullah Gul seront élus pour cinq et non plus sept ans, et les élections législatives auront lieu tous les quatre ans au lieu de cinq.