L'affaire a déclenché une émotion considérable en Autriche. L'une des filles de la famille Zogaj, Arigona, 15 ans, qui a échappé à l'expulsion le mois dernier, a lancé un appel déchirant dans une lettre et une vidéo diffusées par la télévision: la voix brisée, elle menace de mettre fin à ses jours si sa famille n'est pas autorisée à rester en Autriche. Sa mère a elle été autorisée à rester tant qu'Arigona n'aura pas refait surface, et, selon la presse, aurait été hospitalisée, ses nerfs ayant craqué.
Des responsables du ministère de l'Intérieur ont défendu la décision d'expulsion, expliquant que la demande d'asile des Zogaj avait été refusée car ils ne remplissaient pas les critères. "Il s'agit de gens qui veulent vivre mieux en Autriche", a déclaré Mathias Vogl, responsable chargé des questions de l'asile au ministère.
Et il a détourné le sujet en s'en prenant aux réseaux de passeurs. "Nous ne voulons pas que les trafiquants d'êtres humains soient confortés", a-t-il déclaré. Selon ces responsables, les Zogaj auraient payé des passeurs plus de 8.000 euros pour venir en Autriche.
Pour Mathias Vogl, le cas de la famille Zogaj n'a rien à voir avec la nouvelle loi sur l'immigration entrée en vigueur en janvier 2006 et durcissant considérablement les conditions d'accueil et de séjour des étrangers.
Le père, arrivé clandestinement en mai 2002, a été rejoint en septembre 2002 par le reste de la famille, quatre mois après avoir vu sa première demande d'asile rejetée.
Samedi, environ 500 personnes ont manifesté leur soutien aux Zogaj à Frankenburg, la ville de Haute-Autriche où ils vivaient avant son expulsion.
Le sort des Zogaj a provoqué un violent débat en Autriche sur l'expulsion d'étrangers bien intégrés dans le pays, parfois installés depuis des années.
Mercredi prochain, le parlement se réunit en session extraordinaire pour débattre de manière générale de la question des expulsions, à la demande des Verts, seul parti qui n'a pas voté la loi sur l'immigration.
Le ministre de l'Intérieur, le conservateur Gunther Platter, affirme que l'Autriche doit débouter tout demandeur d'asile lorsqu'il n'y a pas de preuve de persécutions.
Le ministère affirme que le nombre de personnes expulsées a diminué depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l'immigration. Au cours de la première moitié de 2007, elles étaient 1.535, contre 4.090 l'année précédente.
Le ministère a aussi décidé d'accélérer le traitement des demandes d'asile, en créant un tribunal spécial pour s'en charger, alors qu'à la fin août, 33.943 affaires étaient en attente. Souhaitant éviter que les demandeurs d'asile ne s'installent pendant de longues années et que les cas comme celui de la famille Zogaj se multiplient, Platter entend désormais que les demandes soient traitées en un an maximum.