Elisabeth Fritzl, cinq de ses enfants et sa mère ont pu se réunir dimanche dans la clinique où ils reçoivent une assistance psychiatrique. Les retrouvailles se sont déroulées avec une facilité stupéfiante, selon le directeur de l'établissement. "C'était incroyable comme c'était facile", a rapporté mardi Berthold Kepplinger devant la presse. Selon lui, les membres de la famille sont entrés en contact les uns avec les autres de façon très naturelle, alors même qu'une partie des enfants étaient restés enfermés avec leur mère dans la cave.
Le sixième enfant, une adolescente de 19 ans, reste hospitalisé dans un état critique dans un autre établissement. Elle avait été découverte inconsciente et gravement malade le 19 avril dans l'immeuble et conduite à l'hôpital. Les enquêteurs ont ensuite reçu une information qui leur a permis de retrouver Joseph et Elisabeth Fritzl samedi près de l'établissement.
Trois des six enfants qui ont survécu, présentés comme des enfants recueillis, vivaient avec leurs grands-parents. Les trois derniers, aujourd'hui âgés de 19, 18 et 5 ans, étaient restés avec leur mère dans la cave, "sans jamais voir le jour", selon la police. Un septième est mort peu après sa naissance.
Les enquêteurs pensent que l'épouse de Joseph Fritzl, avec laquelle il avait eu sept autres enfants, ignorait que la fille qu'elle croyait enfuie pour une secte en 1984 se trouvait prisonnière juste sous ses pieds. Très autoritaire, il avait manifestement interdit à quiconque de se rendre à la cave.
Pour Sigrun Rossmanith, expert psychiatre auprès des tribunaux, "si la cave était taboue pour sa femme et les (autres) enfants, et qu'on leur a répété et répété, alors ils n'ont pas osé aller vérifier quoi que ce soit". "Si quelqu'un a le pouvoir et l'impose à quelqu'un d'autre, alors sa parole est comme la parole de Dieu."
D'après Leopold Etz, un responsable de la police régionale cité par l'agence de presse autrichienne APA, Joseph Fritzl avait apparemment choisi les enfants qui vivraient avec son épouse et lui selon qu'ils étaient ou non des "pleurnichards". Il n'a pas voulu confirmer les informations de la presse autrichienne selon laquelle le suspect aurait pris plusieurs "vacances entre hommes" en Thaïlande avec des amis allemands dans les années 1990.
Joseph Fritzl, électricien à la retraite de 73 ans, a été présenté mardi à un juge qui lui a signifié son placement en détention provisoire. Selon son avocat, Rudolf Mayer, le septuagénaire reçoit également des soins psychiatriques et est "émotionnellement brisé". Interrogé par l'Associated Press, il affirme ne pas pouvoir dire "à ce stade" si le septuagénaire a exprimé des remords.
Le procureur Gerhard Sedlacek a noté pour sa part que Joseph Fritzl s'était montré "totalement calme, totalement sans émotions" lors de sa comparution mardi.
La veille, il avait avoué avoir enfermé sa fille, aujourd'hui âgée de 42 ans, dans un sous-sol sans fenêtre, où elle aurait mis au monde sept enfants issus de viols répétés. L'un des enfants serait mort peu après sa naissance faute de soins, selon sa mère, et aurait été brûlé dans l'incinérateur de l'immeuble.
Les autorités ont précisé que le suspect risquait 15 ans de prison s'il était reconnu coupable de viol, le chef le plus grave. Mais le parquet de Basse-Autriche a fait savoir mardi qu'il envisageait également de prononcer une inculpation pour homicide volontaire par défaut de soins, passible de 20 ans de prison.
Par précaution, la police a inspecté mardi d'autres propriétés du suspect sans trouver d'autres cellules comme celle où il a retenu sa fille et ses enfants dans le sous-sol de son immeuble d'Amstetten, petite ville ouvrière de 23.000 habitants située à 120km à l'ouest de Vienne.
Les autorités d'Amstetten avaient autorisé en 1978 la construction d'une extension avec sous-sol au domicile de Joseph Fritzl, d'après le porte-parole de la municipalité Hermann Gruber, interrogé par l'agence APA. Une inspection avait eu lieu en 1983, l'année précédant la disparition d'Elisabeth, et rien n'avait paru suspect, a-t-il expliqué.