"L'Irak ne doit pas être une base pour des attaques contre nos voisins", a affirmé le Premier ministre Nouri al-Maliki, avant d'ajouter: "Nous collaborerons avec nos voisins pour combattre cette menace". Bagdad compte ainsi prendre des mesures pour empêcher l'approvisionnement des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). "Nous poursuivrons leurs éléments dans le pays", a-t-il aussi assuré. Le chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari a ainsi promis des "mesures concrètes" contre le PKK, avec l'augmentation des barrages et la "recherche des personnes recherchées par le gouvernement turc".
La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a joué les médiateurs entre Ankara et Bagdad, alors que la Turquie affirme qu'aucune décision finale sur une éventuelle intervention militaire ne sera prise avant la rencontre, prévue lundi à Washington, entre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le président George W. Bush.
Alors que l'armée turque masse ses troupes à la frontière, la conférence d'Istanbul comptait un grand absent: le président du Kurdistan irakien Massoud Barzani, région autonome du nord du pays, et la seule encore à peu près épargnée par le chaos et la violence qui règnent dans le reste de l'Irak.
C'est pourtant le gouvernement autonome kurde qui détient les cartes pour agir sur le PKK, et non le fragile gouvernement de Bagdad, sans influence politique sur la guérilla kurde. Et ce alors que Washington accuse les autorités du Kurdistan d"'inaction" contre le PKK.
Dans le même temps, les autorités faisaient fermer le siège à Souleïmaniyeh d'un parti considéré comme proche des séparatistes kurdes, la Solution démocratique pour le Kurdistan, ainsi que ses bureaux à Erbil. Une mesure réclamée par Ankara.
Et trois députés kurdes de Turquie sont arrivés samedi au Kurdistan pour tenter d'obtenir la libération des huit soldats capturés le 21 octobre dans une embuscade transfrontalière qui a causé la mort de 12 autres. Cette embuscade a largement contribué à échauffer des esprits en Turquie, où les soldats prisonniers sont considérés comme des otages. Selon l'agence de presse pro-kurde Firat, ils pourraient être bientôt libérés.
Quant à la zone frontalière, elle est bouclée par l'armée turque et les informations sont rares. L'agence Dogan a rapporté vendredi que des soldats turcs étaient déployés sur le mont Gabar, cherchant à y attirer les combattants du PKK fuyant les combats sur une autre montagne. Selon Aliza Marcus, auteur d'un livre sur le PKK, les guérilleros auraient adopté une "posture défensive" depuis l'embuscade du 21 octobre.
Dans la déclaration finale de la conférence des voisins de l'Irak, qui ne mentionne pas le PKK par son nom, les participants ont dit soutenir Bagdad dans la lutte contre le terrorisme, "y compris tous les efforts pour éviter que le territoire irakien ne soit utilisé comme base pour des attaques contre des pays voisins". La coopération doit aussi se renforcer pour "contrôler les frontières communes et empêcher tous les trafics illégaux, y compris financiers, logistiques et toute autre forme de soutien aux terrorisme et organisations terroristes".
Si Washington tente de tout faire pour empêcher l'ouverture d'un nouveau front en Irak, le chef de la diplomatie turque Ali Babacan n'avait pas caché vendredi son impatience à l'issue de ses entretiens avec Mme Rice à Ankara. Samedi, au cours de la conférence de presse finale, il a réaffirmé que "toutes les options étaient sur la table".