La Belgique s'enfonce ainsi un peu plus dans la crise, après cinq mois sans gouvernement, record sans précédent. L'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), qui réunit Bruxelles et des communes flamandes autour de sa périphérie, est un des points de cristallisation du blocage actuel.
Mettant leurs menaces à exécution, les députés flamands ont voté un projet de loi prévoyant une scission de l'arrondissement BHV, ce que les francophones considèrent comme une déclaration de guerre. Selon le député libéral francophone François Xavier de Donnea, "cela signifie un arrêt des pourparlers" en vue de former un gouvernement de coalition dit de "l'orange bleue" (chrétiens-démocrates et libéraux de Flandre et de Wallonie) qui traînent depuis cinq mois. Le fossé s'est entre-temps creusé de plus en plus entre Nord et Sud d'une Belgique fédérale qui craint pour son avenir.
Déjà essoufflée par une impasse qui s'éternise alors que le gouvernement de Guy Verhofstadt, désavoué en juin dernier, continue d'assurer tant bien que mal la gestion des affaires courantes, la Belgique risque de s'enfoncer encore plus dans sa pire crise institutionnelle depuis 50 ans.
Car bien qu'ayant passé des accords partiels, Yves Leterme le "formateur", pressenti pour être Premier ministre et grand vainqueur des élections du 10 juin à la tête du CD&V (chrétiens-démocrates flamands), n'a toujours pas réussi à obtenir des progrès sur deux dossiers ultra-sensibles, l'un immédiat, et l'autre à long terme: les droits de la minorité wallonne dans les territoires flamands de la périphérie de Bruxelles et la future dévolution des pouvoirs aux régions dans le cadre du projet de réforme institutionnelle.
Yves Leterme n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat.
La situation de Bruxelles-Hale-Vilvorde (BHV) est complexe: Bruxelles-capitale (19 communes), majoritairement francophone, capitale de Belgique mais aussi de Flandre, est officiellement bilingue. Le reste de l'arrondissement (35 communes, dont six à majorité francophone), où vivent une importante minorité francophone et nombre de résidents internationaux, est situé en région flamande. Mais en raison de ce statut "mixte", les Wallons peuvent y voter pour des listes soit francophones soit néerlandophones, ce que contestent les Flamands.
Mardi dans la nuit, Leterme discutait encore d'un compromis de la dernière chance sur le dossier "BHV". Mais un accord semblait peu plausible, les francophones n'étant pas convaincus: Didier Reynders, chef des libéraux du MR dénonçait une "fausse proposition".
"S'il n'y a pas de percée dans les prochaines heures, la situation va devenir très difficile", répliquait le négociateur des libéraux flamands Bart Somers. En définitive, les députés flamands, réunis en commission, ont donc voté la scission de "BHV", seul arrondissement "mixte" du royaume, et à ce titre hautement symbolique.
Alors que la crainte d'un divorce entre les 6 millions de Flamands et 4,5 millions de Wallons se renforce, tout comme l'audience des nationalistes flamands, les opposants à la séparation ont commencé à faire flotter le drapeau national rouge-noir-or à leur balcon, et nombre d'artistes et personnalités se mobilisent pour sauver la Belgique.
La querelle linguistique et communautaire fut déjà à l'origine du précédent blocage institutionnel grave: en 1988, la Belgique mit 148 jours à se doter d'un gouvernement, à cause de la crise des Fourons, enclave flamande en région wallonne (francophone).
La prochaine étape, si les pourparlers échouent pour de bon, serait pour le roi: Albert II pourrait essayer de former un gouvernement d'union nationale, incluant les socialistes, grands perdants des législatives. Le libéral francophone Didier Reynders souhaite la formation d'un gouvernement s'occupant uniquement des affaires politiques et économiques urgentes, les questions linguistiques étant remises à plus tard. "C'est au roi de faire un choix", a-t-il déclaré.