"Il n'est pas impossible que nous ayons à reconsidérer le rôle du monarque, du lieutenant-gouverneur et du gouverneur général", a déclaré jeudi le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes du Québec, Benoît Pelletier, à son arrivée à la réunion hebdomadaire du conseil des ministres.
Ces propos surviennent au moment où le mandat de la lieutenant-gouverneure du Québec, Lise Thibault, tire à sa fin et où il faudra songer à la remplacer.
"Je crois que c'est une institution qui devra être revue à la lumière des défis de la modernité", a poursuivi le ministre.
Mais le ministre avertit que ce type de changement constitutionnel ne sera pas facile. Il faut en effet modifier la Constitution canadienne de 1982, à laquelle le Québec n'a pas adhéré, pour abolir la royauté ou ses symboles.
"Cela prend de la volonté politique et du leadership politique", a dit M. Pelletier.
Pour modifier les articles de la Constitution canadienne concernant la royauté ou les représentants de la Reine au pays, tels le gouverneur général ou les lieutenants-gouverneurs, il faut l'unanimité des gouvernements fédéral et provinciaux.
Le ministre Pelletier croit que viendra un moment où les gouvernements voudront changer certains éléments de la Constitution. C'est alors qu'on pourra procéder de façon globale ou limitée.
"Nous faisons preuve de prudence, car nous connaissons la complexité du dossier, a soutenu le ministre Pelletier. On ne veut pas que le Québec connaisse un autre échec et sorte affaibli".
Quant au poste de lieutenant-gouverneur, M. Pelletier reconnaît que la fonction de lieutenant-gouverneur apparaît pour plusieurs comme "honorifique et symbolique, d'un intérêt moindre pour les Québécois".
Même dans le reste du Canada, plusieurs s'interrogent sur le système monarchique, poursuit le ministre Pelletier. "Au moment où on veut réformer les institutions, une réflexion s'impose. Je ne dis pas qu'il faut abolir la monarchie, mais ça prend une réflexion, notamment sur son utilité et sa pertinence."
Le souverain - ou son remplaçant à Ottawa ou dans les provinces - joue actuellement le rôle de chef d'Etat. Il faut un chef d'Etat, mais il faut se demander comment rendre cette fonction plus utile, croit le ministre.
"Je ne fais pas d'urticaire avec les Etats qui ont une monarchie, mais le Canada doit réfléchir sur la façon de revigorer ses institutions", a-t-il conclu.
Cette réflexion s'amorce au moment où un jeune constitutionnaliste, Patrick Taillon, a mis en évidence, dans un document rendu public cette semaine, la quasi impossibilité de réformer la Constitution de 1982.
Selon M. Taillon, qui est un ancien président du Comité national des jeunes du Parti québécois, la formule d'amendement de la Constitution mise en place par Pierre Elliott Trudeau et qui requiert souvent l'unanimité pour amener des changements, est d'une rigidité telle qu'il "faut présumer de la mauvaise foi de ceux qui l'ont conçue".