Une première: jamais un président français ne s'était rendu outre-Rhin le jour même de son investiture. Jacques Chirac avait certes réservé son premier déplacement à Strasbourg le 18 mai 1995 pour le chancelier allemand Helmut Kohl, mais au lendemain de sa prise de fonction. Un geste symbolique, mais surtout "politique" face aux "urgences" de l'heure, a exposé Nicolas Sarkozy.
"En venant ici dès ma prise de fonction, je n'ai pas voulu seulement accomplir un geste symbolique. J'ai voulu exprimer mon souhait que nous nous mettions tout de suite au travail, car il y a urgence à agir", a expliqué le nouveau chef de l'Etat lors d'une déclaration conjointe d'une dizaine de minutes aux côtés d'Angela Merkel à la Chancellerie de Berlin.
"La politique de la France telle que je la conçois ne sera pas marquée du sceau de l'attentisme, ni en matière de politique intérieure, ni en matière de politique européenne, ni en matière de politique étrangère", a-t-il promis. Les sujets communs "sont si importants que l'attentisme, que l'immobilisme, que le conservatisme ne peuvent pas être des solutions."
La première urgence, selon lui, "sortir l'Union européenne de sa paralysie" consécutive aux "non" français et néerlandais à la Constitution européenne en 2005. Pour ce faire, il faut que Paris et Berlin "s'entendent, s'épaulant l'un l'autre", a-t-il plaidé, sans évoquer son projet de "traité simplifié" qui serait soumis au Parlement français -et non à référendum-avant 2009.
Un message relayé par Angela Merkel, qui exerce la présidence de l'UE jusque fin juin. La chancelière espère élaborer d'ici juin un nouveau projet de traité et une feuille de route pour le ratifier, et régler la question lors du Conseil européen des 21 et 22 juin. "Nous allons nous mettre au travail dès aujourd'hui, car nous avons beaucoup de pain sur la planche", a-t-elle dit.
Deuxième urgence, pour Nicolas Sarkozy, la "coopération industrielle", à commencer par le délicat dossier EADS. "Il me paraissait donc nécessaire que nous ne perdions pas une minute", a-t-il glissé. Le plan Power 8 chez Airbus, portant sur 10.000 licenciements, dont 4.300 en France et 3.700 en Allemagne, avait provoqué des frictions entre les deux pays durant la campagne présidentielle.
Face à ces "urgences", Nicolas Sarkozy s'est montré confiant. "Je suis sûr qu'en nous mettant au travail, nous arriverons Angela Merkel et moi à des résultats", a-t-il glissé, regrettant le "retard" pris durant la campagne présidentielle. "L'Europe attend que nous prenions des initiatives", "il faut des résultats et nous n'avons plus le temps."
Les deux dirigeants ont également plaidé de conserve pour la poursuite des liens "sacrés" entre les deux pays, puisant même dans le vocabulaire religieux. "Pour la France, l'amitié franco-allemande est sacrée et que rien ne saurait la remettre en cause", a promis Nicolas Sarkozy. "Cette amitié franco-allemande est un miracle" et "cette rencontre d'aujourd'hui est un signe", l'a salué Angela Merkel, lui adressant ses "remerciements" pour sa visite.
Une amitié entre les deux pays qui semblait aussi valoir entre eux. La chancelière chrétienne-démocrate et l'ancien président de l'UMP partagent les mêmes affinités politiques et s'étaient déjà entretenus le 12 février à Berlin. "Comme nous nous connaissons déjà un peu, je suis convaincue que ce sera une très bonne coopération", a glissé Angela Merkel, tandis que Nicolas Sarkozy exprimait chaleureusement à sa "chère Angela" son "amitié" et sa "confiance".
A son arrivée à la Chancellerie vers 18h15, le nouveau président, le teint hâlé, souriant et détendu, n'avait pas hésité à donner l'accolade à une Angela Merkel un peu surprise, l'embrassant sur les deux joues et la saisissant par les épaules, avant de lui serrer la main à plusieurs reprises devant les photographes. Lors de sa première visite à Paris en 2005, elle avait il est vrai eu droit à un baise-main du président Jacques Chirac.
M. Sarkozy a lui eu droit aux honneurs militaires sur tapis rouge -protocole réservé aux chefs d'Etat-, et à une vibrante "Marseillaise" suivie de l'hymne allemand. Après leur déclaration, tous deux se sont retrouvés pour un entretien en tête-à-tête suivi d'un dîner de travail.