Le président vénézuélien Hugo Chavez, qui avait obtenu la libération de six otages en début d'année, a affirmé jeudi avoir "perdu tout contact avec les FARC" (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et ne pouvoir "rien faire de plus" pour l'instant. Il s'est dit prêt à reprendre du service, mais a appelé Bogota et Washington à faire des concessions aux rebelles.
"Nous sommes prêts à continuer notre aide, mais une série de gestes de la part des gouvernements colombien et américain est nécessaire (pour établir) un minimum de confiance qui nous permette de réactiver les voies vers une libération", a déclaré M. Chavez, précisant que son interlocuteur au sein de la guérilla, le commandant Ivan Marquez, était traqué par les forces de ces deux pays, rendant toute communication impossible.
Les FARC "et eux seuls, sont responsables de la sécurité et de la santé des otages", a répondu le porte-parole du Département d'Etat américain Tom Casey. Tout en exprimant son "inquiétude" sur le sort de la Franco-Colombienne, il a exclu la libération de deux guérilleros emprisonnés aux Etats-Unis, Nayibe "Sonia" Rojas et Ricardo Palmera, alias Simon Trinidad, contre celle des otages, faisant valoir la politique de non-négociation avec les "terroristes et les preneurs d'otage".
Parallèlement à cette apparente impasse diplomatique, la situation ne semblait guère progresser sur le terrain. Le chef des armées colombiennes, le général Freddy Padilla, a précisé que l'avion français, qui s'est posé aux aurores jeudi sur une base aérienne de Bogota, transportait deux diplomates et deux médecins. Mais il a déclaré que l'équipe, qui espère pouvoir au moins administrer des soins à Ingrid Betancourt, atteinte d'une hépatite B et d'une leishmaniose nécessitant selon sa famille une transfusion sanguine immédiate, ignorait où elle se trouvait.
La soeur de l'otage franco-colombienne, Astrid Betancourt, a déclaré de son côté à la radio colombienne que l'équipée mise en place par la France, l'Espagne et la Suisse s'était envolée mercredi "sans pré-accord avec les guérilleros".
Dans un communiqué publié jeudi par l'Agence bolivarienne de presse (ABN), qui diffuse fréquemment des messages des rebelles, le "ministre des Affaires étrangères" des FARC Rodrigo Granda avait exclu toute libération d'otages sauf dans le cadre d'un échange avec des guérilleros emprisonnés. Mais selon une source diplomatique française contactée par l'Associated Press, cette missive date en fait du 19 mars dernier, soit "bien avant que l'opération humanitaire actuelle soit même envisagée", et est donc "dépourvue de tout lien avec la mission".
Reste qu'en éliminant cette réaction, ne demeure que le silence radio. "Les FARC doivent répondre, nous attendons", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner en marge du sommet de l'OTAN à Bucarest. "Pour le moment nous sommes en train d'essayer, essayer, essayer, et il n'y a pas d'autre solution". "Si on ne prend pas de risque, on ne risque pas de réussir", a-t-il ajouté.
Il a répété que Nicolas Sarkozy serait prêt à se rendre en Colombie avec Hugo Chavez pour chercher Ingrid Betancourt, et que la France pourrait accueillir temporairement des guérilleros libérés dans le cadre d'un échange de prisonniers. "Mais nous n'en sommes hélas pas là", a ajouté M. Kouchner.
"Soit on arrive à convaincre les FARC et le monde entier, soit j'enterre ma mère", a déclaré le fils d'Ingrid Betancourt, Lorenzo, qui a lancé un appel sur les ondes de Radio France Internationale: "Courage maman".