D'après le document onusien, les changements dans la fréquence, la taille et l'intensité des incendies de forêt poseront une menace accrue pour les habitants et l'environnement, et entraîneront également des pertes de millions de dollars en infrastructures détruites et en dépenses requises pour combattre les brasiers.
Le rapport, rendu public la semaine dernière à Rome, précise que la lutte contre le feu, telle qu'on la pratique traditionnellement au Canada, "ne sera plus viable économiquement dans l'avenir".
Cela signifie que le Canada ne sera pas en mesure de contrôler certains incendies, ce qui aura un impact sur les ressources et l'industrie forestières et sur les communautés qui en dépendent.
Selon Gordon Miller, directeur du centre de foresterie nordique du Service canadien des forêts à Edmonton, la lutte aux incendies sera bientôt entravée non pas par le manque de ressources, mais par la taille même de la forêt boréale canadienne, ainsi que par les conditions de sécheresse qui feront en sorte que certains incendies ne pourront être maîtrisés.
Même si le rapport de l'ONU est basé sur des projections, M. Miller croit qu'il ne faut pas le prendre à la légère.
Pour certains experts, le réchauffement de la planète créera les conditions idéales au déclenchement d'incendies de forêt au Canada, comme des températures chaudes et de l'air sec.
Déjà on remarque une tendance à l'augmentation des incendies au Canada et dans le monde.
Selon le rapport, la superficie consumée par des incendies de forêt au Canada varie grandement d'une année à l'autre, mais la moyenne annuelle augmente depuis une trentaine d'années.
Brian Stocks, retraité du Service canadien des forêts, a rencontré l'ONU pour contribuer à la rédaction de la portion canadienne du rapport. On ne peut le dire avec certitude, mais on peut croire que la tendance à long terme est à l'augmentation des feux de forêt, écrivait-il dans un courriel depuis Paris, où il participait à un atelier sur l'impact de la fumée des incendies de la forêt boréale sur le climat et l'environnement arctiques.
"Les changements climatiques ont déjà fait doubler la superficie du territoire incendié au Canada (depuis les années 1970)", commente pour sa part Mike Flannigan, chercheur pour le ministère des Ressources naturelles du Canada.
Les saisons d'incendies vont se prolonger et dans le courant du siècle, la superficie incendiée va doubler encore, passant de 2,5 millions à environ 5 millions d'hectares - c'est à peu près la taille de la Nouvelle-Ecosse qui va brûler, chaque année, prévoit-il.
Le Canada devra affronter un autre obstacle, le vieillissement de ses sapeurs-pompiers. Selon Gordon Miller, ce sera un défi pour le pays que de remplacer l'expérience perdue avec le départ à la retraite prévisible de nombreux pompiers. Les services canadiens de lutte aux incendies sont considérés parmi les meilleurs au monde.