Le Béarnais n'est pas parvenu pas, comme il le claironnait ces derniers jours, à se qualifier pour le second tour. Avec entre 18,5 pour cent et 18,8 pour cent des voix selon les estimations des instituts de sondage, il est distancé par les deux poids lourds PS et UMP.
Mais François Bayrou peut se targuer d'avoir quasiment multiplié par trois son score de 2002. Pour sa première candidature à la présidentielle, le président de l'UDF avait recueilli 6,84 pour cent des voix.
Il est parvenu à porter sa famille politique à des niveaux qu'elle n'avait pas connu depuis Raymond Barre en 1988 (16,5 pour cent des voix au premier tour). Dimanche, il s'est posé en véritable "troisième homme", loin devant le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen, crédité de 10 à 11,1 pour cent des voix.
"Il y a enfin un centre en France", a triomphé dimanche soir François Bayrou. "A partir de ce soir, la politique française a changé et elle ne sera plus jamais comme avant".
Se pose désormais pour lui la question épineuse de son attitude entre les deux tours. Après avoir fustigé pendant toute la campagne le Parti socialiste comme l'UMP, deux "idéologies dépassées" selon lui, il est peu probable que le centriste donne une consigne de vote.
Il n'a pas explicitement pris position dimanche, prévenant néanmoins: "Je ne reviendrai pas en arrière". Et "toutes les décisions que je serai amené à prendre dans les jours qui viennent (...) seront inspirées par cette seule conviction: la nouvelle politique est en train de naître".
"Nous sommes la troisième force politique du pays. Si ça, ce n'est pas un succès!", s'est exclamé de son côté le député UDF Maurice Leroy. Interrogé sur l'attitude de l'UDF entre les deux tours, il s'est montré évasif: "on va réfléchir, prendre le temps de l'analyse et du recul, et surtout ne pas trahir nos électeurs du premier tour".
François Bayrou "capitalise plus de six millions de voix, c'est-à-dire plus que Jacques Chirac en 2002", a souligné sur France-2 le centriste Hervé Morin. "Maintenant il s'agit de faire en sorte que le message adressé par les Français en votant François Bayrou soit entendu".
Déjà, à l'UMP comme au PS se tendaient des mains amicales: la candidate du PS Ségolène Royal s'est ainsi adressée à "toutes celles et ceux dont le ou la candidate n'est pas au second tour". "Je serai la présidente garante d'un Etat impartial", a-t-elle promis. "Je ne suis l'otage d'aucun clan, d'aucun groupe de pression, d'aucune puissance financière".
"Sur le plan social, avec l'UDF et avec François Bayrou, il y a des convergences, on les a ressenties partout", a aussi noté le socialiste Bernard Kouchner sur TF1.
François Bayrou "a fait une campagne honorable", a noté de son côté Rachida Dati, porte-parole de M. Sarkozy, sur France-3, alors que le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo notait, "à titre personnel", qu'il "y avait une machine à broyer l'UDF, elle n'a pas fonctionné. Cela veut dire quelque chose" et "ce message-là, on ne peut pas le passer sous silence".
"Je me fiche des appels du pied de Mme Royal", a rétorqué sur France-2 l'UDF Jean-Christophe Lagarde. "Je n'ai pas eu le sentiment ce soir, ni en écoutant Mme Royal, ni en écoutant M. Sarkozy, que les candidats changeaient".
Le centriste se retrouve désormais dans une position délicate. La pression va être forte sur l'UDF dans les tout prochains jours pour qu'elle prenne parti en faveur d'un des deux candidats présents au second tour. Mais choisir entre l'une des deux "forteresses", selon l'expression adoptée par M. Bayrou, équivaudrait à mettre à bas tout son discours de "rénovation politique".
Seul "hic": les législatives prévues en juin prochain. Nombre de parlementaires UDF n'ont dû leur élection en 2002 qu'à la traditionnelle alliance avec l'UMP. L'après-présidentielle sera donc l'heure des choix - forcément douloureux - pour les élus centristes.