Au cours des derniers jours, Barack Obama et Hillary Clinton ont tous deux affirmé qu'une fois au pouvoir, ils menaceraient de soustraire les Etats-Unis de l'ALENA dans l'espoir de renégocier le traité et d'obtenir des protections plus strictes en matière de droit du travail et d'environnement.
"Moi, ça m'inquiète", a déclaré M. Charest dans un discours prononcé à l'occasion d'un sommet sur la mobilité de la main-d'oeuvre, lundi matin.
"A force de ramener le sujet et de ramener le sujet, on finira bien par avoir quelqu'un qui va agir, qui va bouger là-dessus, a-t-il ajouté. Ca nous rappelle à quel point on a intérêt à s'ouvrir vers de nouveaux marchés, à quel point on est vulnérables."
En conférence de presse à l'issue de l'événement, le premier ministre a admis qu'il ne croyait pas vraiment que les Américains allaient "franchir le Rubicon". Il voit néanmoins dans la "rhétorique" actuelle un "rappel très important" du besoin, pour le Québec et le Canada, de "diversifier" leurs relations commerciales.
Depuis un peu plus d'un an, Jean Charest défend avec conviction l'idée d'un libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, qui regroupe 27 pays. Pour l'instant, le projet n'en est qu'à l'étape des études préliminaires de faisabilité.
Et même si le premier ministre Stephen Harper s'est fait très discret sur la question jusqu'ici, M. Charest rêve d'assister au lancement des négociations officielles à Québec cet automne, lors de la visite du président français Nicolas Sarkozy, qui présidera alors l'Union.
Inquiétudes
Jean Charest souhaite par ailleurs conclure une entente avec la France sur l'accréditation mutuelle des travailleurs qualifiés et accélérer la reconnaissance des qualifications professionnelles des personnes formées à l'extérieur du Québec.
Or, bien que ces initiatives aient été généralement bien accueillies par les quelque 350 participants au sommet de lundi, quelques préoccupations ont pointé.
"On est toujours favorables à la venue de l'immigration parce qu'évidemment, il y a un problème démographique. Mais on a quand même 400 000 travailleurs qui n'ont pas d'emploi au Québec", a affirmé le secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), René Roy.
M. Roy a souligné que chez les travailleurs immigrants, le taux de chômage oscillait entre 15 et 30 pour cent, notamment à cause du manque d'intégration et de francisation.
"Alors il y a bien du travail à faire ici avant de se 'garrocher' un peu partout pour ramasser des travailleurs", a-t-il lâché.
De son côté, le président-directeur général de la Commission de la construction du Québec, André Ménard, faisant le résumé d'un des ateliers du sommet, a noté qu'il fallait "maintenir un équilibre entre l'offre et la demande de main-d'oeuvre qualifiée".
Le premier ministre s'est dit sensible à ces inquiétudes.
"C'est toujours notre première priorité de venir en aide et de soutenir nos travailleurs, a-t-il assuré. (...) L'un n'exclut pas l'autre."
Entrevoyant de sérieuses pénuries de main-d'oeuvre sur la planète d'ici quelques années, Jean Charest, ambitieux, entend faire du Québec l'un des "pôles d'attraction" qui saura attirer des talents de partout à travers le monde.
Outre les projets de libre-échange avec l'UE et d'amélioration de la reconnaissance des diplômés étrangers, le gouvernement Charest compte également, dans le but d'accroître la mobilité des travailleurs, signer un accord économique avec l'Ontario et faire la mise en oeuvre complète de l'Accord sur le commerce intérieur canadien.
Une brochette de ministres, de gens d'affaires et représentants d'associations ont pris part aux discussions sur ces questions lors du sommet de lundi.