Des tirs d'artillerie lourde, de mortier, de chars et de mitrailleuses étaient échangés, principalement dans le sud de la capitale où sont basés les islamistes. Les forces éthiopiennes, regroupées dans le nord de Mogadiscio et dont une partie se trouvait au sein même du palais présidentiel, pilonnaient les positions insurgées au sud, selon des témoins.
Une habitante, Khadija Farah, a rapporté qu'un obus s'était abattu lundi sur un quartier d'habitation, au nord de Mogadiscio, tuant trois hommes et une femme. Un bébé de six mois a également été blessé. D'autres témoins affirmaient que des corps en décomposition gisaient au sol dans certains quartiers et qu'il était trop dangereux de les récupérer.
Alors que le pays sombrait dans le chaos, la capitale connaissait ses combats les plus violents depuis 15 ans. Une autre habitante, Halime Ibrahim, dit avoir dénombré 11 corps gisant dans les rues du sud de la ville. "Je ne pouvais même pas savoir si c'était des hommes ou des femmes", a-t-elle déclaré à l'Associated Press.
"Des combattants somaliens au visage dissimulé, retranchés près de chez moi, sont engagés dans une lutte intense avec les troupes éthiopiennes et somaliennes depuis tôt ce matin", a rapporté un autre habitant, Hassan Mohamed Ali, qui vit dans le quartier de Tawfiq et a préféré rester sur place pour surveiller sa maison.
L'organisation de défense des droits de l'homme Elman, qui dresse un bilan quotidien des victimes depuis le début des combats, fait état d'au moins 212 morts et 291 blessés en cinq jours d'affrontements, jusqu'à dimanche soir. Elle n'avait pas encore de chiffres pour la journée de lundi.
"Le massacre de civils comme cela est un crime contre l'humanité", a estimé Sudan Ali Ahmed, président de l'organisation Elman. "Nous appelons la communauté internationale à envoyer une équipe pour enquêter sur ces crimes. Ce sont des crimes de guerre."
Dimanche, le gouvernement somalien a annoncé qu'il s'apprêtait à lancer une offensive importante contre les insurgés et a appelé les habitants à évacuer les quartiers tenus par les islamistes armés. "Les habitants de Mogadiscio doivent quitter leurs domiciles situés près des bastions des terroristes et nous réprimerons les insurgés et les terroristes très bientôt", a prévenu le vice-ministre de la Défense, Salad Ali Jelle.
La Somalie n'a plus connu de gouvernement central depuis le renversement du dictateur Mohamed Siad Barré en 1991, qui a livré le pays aux seigneurs de la guerre. Appuyé par des troupes éthiopiennes, le gouvernement de transition (TFG) formé en 2004 sous l'égide des Nations unies a chassé fin 2006 de la capitale et de la plus grande partie du sud du pays les milices des Tribunaux islamiques qui avaient pris le contrôle depuis l'été.