Le comité a été, pour une troisième fois, le théâtre de cette manoeuvre, mardi. Il s'agit en fait de la seule porte de sortie qu'il reste aux conservateurs qui refusent que le comité convoque le premier ministre Stephen Harper pour qu'il s'explique sur l'affaire Chuck Cadman.
"Vous ne pouvez pas réécrire le règlement", a lâché le bloquiste Réal Ménard, rappelant en vain à M. Hanger qu'il contrevenait carrément aux règlements parlementaires.
Le président est d'avis que le sujet ne relève pas du mandat du comité et qu'il n'a pas à se soumettre à la volonté de la majorité.
La motion du Parti libéral, qui obtient l'appui du Bloc québécois, est donc demeurée en suspend, malgré les récriminations des députés libéraux et bloquistes.
"Le président n'a visiblement aucune intention de laisser le comité s'exprimer démocratiquement", a résumé le député libéral Dominic LeBlanc.
Mais ni le Parti libéral ni le Bloc n'ont l'intention de baisser les bras et de laisser tomber dans l'oubli toute l'affaire Cadman. Les deux partis veulent faire la lumière sur cette histoire, à savoir que le Parti conservateur aurait offert une police d'assurance d'un million de dollars au député indépendant Chuck Cadman, au printemps 2005, pour obtenir son appui lors d'un vote crucial aux Communes.
L'appui de M. Cadman, qui est décédé d'un cancer quelques mois après le vote, aurait permis de renverser le gouvernement minoritaire de Paul Martin.
La veuve et la fille de M. Cadman soutiennent que c'est la version que leur a racontée Chuck Cadman avant son décès.
Les conservateurs admettent qu'ils ont tenté de convaincre M. Cadman de regagner leurs rangs, mais ils nient catégoriquement qu'une telle offre de police d'assurance ait eu lieu.
Pourtant, interrogé en 2005 par un journaliste préparant une biographie sur M. Cadman, M. Harper déclarait qu'une offre avait en effet été faite au député pour le convaincre de se rallier aux conservateurs lors du vote. Dans l'enregistrement rendu public, on entend le premier ministre expliquer que l'offre ne visait qu'à "remplacer des considérations financières" que M. Cadman aurait perdues dans l'éventualité d'une élection.
Les libéraux estiment que, depuis que cette histoire a été rendue publique, les conservateurs ont modifié leurs versions au fil des jours et ils évitent maintenant de répondre aux questions.
"Le simple fait que le gouvernement ne veut pas répondre ou discuter ne devrait pas forcer un parti d'opposition à dire: "Ok, on comprend ça, on va passer à autre chose". Ce n'est pas comme ça qu'un système parlementaire fonctionne", a fait observer M. LeBlanc.
Outre M. Harper, les libéraux aimeraient convoquer en comité Ian Brodie, le chef de cabinet du premier ministre, Tom Flanagan et Doug Finley, deux organisateurs clés des conservateurs qui ont fait l'offre à M. Cadman, ainsi que le ministre Gary Lunn et John Reynolds, qui supervisaient à l'époque l'organisation du parti en Colombie-Britannique.
Le Parti libéral et le Bloc disposent d'une dernière carte dans leur jeu pour tenter d'arriver à leurs fins: un article du règlement parlementaire leur permet de forcer le président à tenir une réunion spéciale sur un sujet en particulier.
"Pour qu'un Parlement fonctionne, il faut qu'il y ait un équilibre entre la capacité d'initiative du gouvernement et le rôle de vigilance que l'opposition doit faire. Et si on cède là dessus, il n'y en n'aura plus de rôle", a fait valoir M. Ménard.
Reste à voir si le président, M. Hanger, demeurera à son siège lors de cette réunion spéciale.