Forcés par une motion du Bloc québécois demandant à la Chambre de réitérer sa "pleine et entière confiance envers Élections Canada et le commissaire aux élections fédérales", les conservateurs ont choisi de voter contre.
Ils se sont retrouvés isolés, les trois partis d'opposition faisant front commun pour faire adopter la motion 152 voix contre 117. Le premier ministre Harper était absent lors du vote.
La motion place le parti au pouvoir dans une position embarrassante. Les conservateurs se trouvent à retirer leur confiance à l'organisme indépendant qui surveille le déroulement des élections au Canada et qui met aussi à contribution son expertise lors de scrutins dans des pays où le processus électoral et démocratique est encore en développement, en Haïti ou en Irak par exemple.
Cette position des conservateurs est, selon le chef du Bloc, Gilles Duceppe, "peu édifiante". Le chef libéral adjoint, Michael Ignatieff, est de son côté d'avis que "c'est presque pas compréhensible" et que cela démontre le peu de respect des conservateurs envers les institutions démocratiques.
Quant au chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, il y voit de "l'arrogance" de la part du premier ministre.
Pour justifier sa position, le gouvernement conservateur a indiqué qu'il respectait la loi électorale du Canada, mais que le litige juridique qui l'oppose à Elections Canada l'a empêché d'appuyer la motion du Bloc.
"Bien sûr que notre gouvernement a confiance dans l'institution démocratique fondamentale que constitue Elections Canada. Mais nous contestons sa récente interprétation de la légitimité de certaines dépenses électorales et la façon outrancière avec laquelle on a traité notre parti", a expliqué le ministre des Transports, Lawrence Cannon, lors de son discours aux Communes.
Il reprenait ainsi l'argument que répète depuis deux semaines le Parti conservateur qui se dit victime de discrimination de la part d'Elections Canada. L'organisme indépendant refuse de lui rembourser des dépenses publicitaires de 67 candidats de la dernière élection, ce que les conservateurs contestent en cour.
Le Parti conservateur a transféré des milliers de dollars dans les comptes bancaires de ces 67 candidats, de l'argent qui était aussitôt retransféré à la maison mère pour l'achat de publicités.
Le problème, c'est qu'il s'agissait de publicités nationales et Elections Canada prétend que les dépenses auraient dû être imputées au Parti conservateur et non aux candidats locaux.
Le stratagème aurait permis au parti d'excéder de 1,2 million $ le plafond de dépenses alloué au parti en vertu de la loi électorale.
Les faits ont poussé le commissaire aux élections fédérales à mener une perquisition, avec la Gendarmerie royale du Canada, au quartier général du Parti conservateur, il y a deux semaines, ce qui a relancé les attaques des partis d'opposition.
"Nous avons respecté les mêmes lois que les autres partis, selon les mêmes pratiques et les mêmes interprétations d'Elections Canada depuis longtemps", a argué le premier ministre Stephen Harper, aux Communes, où le ton des échanges a grimpé mardi.
Les allégations des conservateurs, qui ont accusé leurs adversaires politiques d'avoir usé eux aussi de stratagèmes similaires, ont fait sortir le chef du Bloc québécois de ses gonds.
"Au royaume de l'hypocrisie, le premier ministre est le roi", a tonné M. Duceppe, pour qui cette allégation est synonyme de désinformation. Le Bloc ne s'est jamais retrouvé dans la mire d'Elections Canada comme l'est actuellement le Parti conservateur, a-t-il rappelé.