"Nous avons besoin de toute l'aide possible de la part des gouvernements qui ont les moyens de le faire", a plaidé Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM).
Car les perspectives s'annoncent sombres face à une hausse des prix de l'alimentation considérée par le Premier ministre britannique Gordon Brown comme une menace aussi grave pour la prospérité mondiale que la crise financière.
L'aide alimentaire à quelque 20 millions des enfants les plus pauvres du monde va notamment devoir être réduite, même si les pays riches débloquent des fonds d'urgence pour alléger la pression causée par la montée en flèche des prix du riz, du blé et d'autres produits de première nécessité, a averti Josette Sheeran.
D'après elle, des projets de distribution de vivres en faveur d'enfants au Kenya, au Cambodge, et de familles déshéritées au Tadjikistan ont déjà été touchés. Il est ainsi plus que temps, à ses yeux, de faire des dons à court terme et de déployer de nouvelles stratégies sur le long terme afin de faire face à la gravité de la situation.
Cette crise alimentaire, la première d'envergure mondiale depuis la Seconde guerre mondiale, trouve ses sources dans la flambée des prix de denrées, alimentée à la hausse des prix des carburants, mais aussi dans le choix de produire des biocarburants, qui a conduit à la destruction de forêts et à la réduction des zones disponibles pour la culture de produits alimentaires, ainsi que l'a observé lundi Rajat Nag, chef de la Banque asiatique de développement. Pour lui, le monde devrait de fait s'interroger sur le recours aux subventions agricoles pour encourager ce type de production.
Nombre expliquent aussi l'aggravation de la pénurie alimentaire par de mauvaises récoltes dues à l'imprévisibilité des conditions météo et par la demande accrue d'économies émergentes comme la Chine et l'Inde.
Conséquences immédiatement visibles sur plusieurs continents: des émeutes de la faim meurtrières ont éclaté au Cameroun et à Haïti, pays où les troubles ont également coûté son poste au Premier ministre Jacques Edouard Alexis. Des mouvements de protestation ont aussi eu lieu au Burkina Faso et en Egypte, alors que le Bangladesh a été le théâtre d'affrontements entre des milliers d'ouvriers du textile en proie à la faim, et des policiers.
"La majeure partie du monde se rend compte que la nourriture" n'arrive "pas spontanément dans les rayons des épiceries", a observé Josette Sheeran mardi. La directrice du PAM a exhorté une vingtaine de chefs de gouvernement à verser des fonds d'urgence pour aider des pays plus pauvres à compenser les coûts croissants de la production ou de l'importation de denrées alimentaires.
Lors d'une conférence de presse, elle a précisé qu'environ 300 millions de dollars (188,31 millions d'euros) sur les 500 millions de dollars (313,85 millions d'euros) d'aide d'urgence requis avaient été réunis. Sur le long terme, les gouvernements, en particulier en Afrique, doivent consacrer au moins 10% de leur budget à l'agriculture, pour stimuler la production de denrées alimentaires, a-t-elle souligné.
Le ministre britannique au Développement international Douglas Alexander a promis, avant la réunion, le déblocage immédiat de 37,47 millions d'euros de fonds supplémentaires pour le PAM.
Jugeant que l'envolée des prix alimentaires allait probablement avoir un impact sur les progrès enregistrés dans les pays en développement, Gordon Brown a souhaité des mesures d'urgence pour stimuler la production agricole, y compris une évaluation sur les conséquences des biocarburants sur l'agriculture mondiale.
La faim dans le monde constitue "un défi moral pour chacun d'entre nous et c'est aussi une menace pour la stabilité politique et économique des nations", a-t-il jugé.
A Genève, l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a averti pour sa part que la "très grave" crise alimentaire était susceptible de déclencher de nouvelles manifestations.
D'après le président de la Banque mondiale Robert Zoellick, la crise pourrait plonger 100 millions de personnes dans une pauvreté encore plus profonde.