Le gouvernement soudanais s'est en tous cas engagé dès le début des pourparlers à un cessez-le-feu immédiat, mais les mouvements rebelles n'ont pas fait de promesse similaire. "Le gouvernement du Soudan proclame un cessez-le-feu unilatéral au Darfour", a déclaré Nafie Ali Nafie, qui mène la délégation soudanaise à Syrte. "Nous ne serons pas les premiers à faire parler les armes", a-t-il assuré.
L'émissaire spécial des Etats-Unis pour le Soudan, Andrew Natsios, a salué cet engagement, mais il a averti qu'il y avait déjà eu plusieurs dizaines de déclarations de cessez-le-feu au Darfour, et qu'elles avaient été rompues à la fois par les troupes gouvernementales et les factions rebelles.
Les médiateurs comptaient sur la présence de représentants de six ou sept groupes samedi. Leurs priorités sont de conclure un cessez-le-feu immédiat, discuter du retour des réfugiés darfouriens dans les villages détruits et de l'indemnisation des victimes de la guerre, qui a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de réfugiés depuis 2003.
"J'espère que le gouvernement fera preuve d'une attitude généreuse et positive à cet égard", a commenté l'envoyé spécial de l'ONU, Jan Eliasson, ajoutant que des chefs rebelles d'importance moyenne comptaient venir à Syrte, une fois organisées leurs équipes de négociation. Plusieurs commandants n'avaient pas encore été localisés.
Le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) et les groupes de l'Armée de libération du Soudan-Unité (ALS-Unité) ont décidé de leur côté de boycotter les pourparlers organisés sous l'égide du leader libyen Moammar Kadhafi, pour protester contre la présence de factions mineures "créées par le gouvernement soudanais", selon le médiateur en chef du MJE, Ahmed Tugod Lissan.
Les deux mouvements ont demandé des entretiens avec l'ONU et de l'UA au Darfour pour définir un nouveau format et un nouveau calendrier des négociations de paix, selon M. Lissan. Mais l'ONU et l'UA défendent leur volonté de faire participer un maximum de belligérants. Jan Eliasson a accusé le MJE et l'ALS "de ne pas avoir saisi l'occasion de progresser vers la paix".
Moammar Kadhafi s'est demandé quelles avancées pouvaient être faites à Syrte, et il a affirmé que l'absence de principaux chefs rebelles, Abdel Wahed El Nour (ALS) et Khalil Ibrahim (MJE), montraient que les médiations internationales avaient échoué.
"Je m'étais attendu à ce que mes fils Abdel Wahid et le Dr Khalil soient là", a déclaré le colonel Kadhafi. "Ce sont des mouvements majeurs, et sans eux nous ne pouvons pas obtenir la paix".
"Tant qu'ils désapprouveront cette conférence, il n'y aura pas de justification à l'intervention de la communauté internationale", a-t-il ajouté.
Il a aussi appelé les Africains à résoudre leurs propres problèmes sans subir la pression internationale, avertissant que la "politisation" de ce qu'il a qualifié de combats tribaux au Darfour n'avait fait qu'empirer la situation.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait annoncé les négociations de Syrte en septembre, dans la perspective du déploiement prévu pour janvier d'une force conjointe de maintien de la paix UA-ONU de quelque 26.000 hommes pour prendre le relais des 7.000 militaires de l'UA en place depuis 2004. Cependant un accord de paix non signé par les principaux chefs de la rébellion risquerait de subir le même sort que l'accord d'Abuja en 2006, qui n'a pas permis la fin de combats.
Le MJE de Khalil Ibrahim, qui ne voulait cesser le combat que si le gouvernement soudanais en faisait autant, menace de porter la violence dans les zones pétrolifères proches du Darfour, dans l'ouest du Soudan.
Ce groupe a attaqué une exploitation pétrolière et enlevé deux employés dans la semaine, exigeant le départ de toutes les compagnies pétrolières étrangères afin de priver Khartoum des revenus du pétrole brut.
L'ALS-Unité, quant à elle, est soupçonnée dans le meurtre de dix soldats de l'UA au Darfour le mois dernier. C'était l'attaque la plus meurtrière qu'ait connue la force de maintien de la paix depuis qu'elle est déployée dans l'ouest du Soudan. D'autres factions rebelles sont également soupçonnées mais elles se renvoient les accusations.