Le Premier ministre britannique Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern étaient arrivés en hélicoptère au siège du Parlement de Stormont à Belfast pour assister à ce moment historique pour lequel Londres et Dublin n'avaient pas ménagé leurs efforts.
L'Assemblée d'Irlande du Nord a désigné Ian Paisley comme Premier ministre. Quelques secondes plus tard, c'est Martin McGuinness qui prêtait à son tour le même serment comme vice-Premier ministre.
Le texte du serment promet la coopération avec les catholiques et le gouvernement de République d'Irlande, ce que Ian Paisley avait longtemps dénoncé comme une reddition, et le soutien à la police d'Irlande du Nord et aux tribunaux britanniques, ce que le Sinn Féin avait refusé pendant des décennies.
En quelques minutes, les 12 postes du gouvernement mixte ont été répartis entre les formations politiques en fonction de leur nombre de sièges à l'Assemblée, soit cinq pour le DUP, quatre pour le Sinn Féin, deux pour les protestants modérés du Parti unioniste d'Ulster (UUP) et un seulement pour les catholiques modérés du Parti social-démocrate et travailliste (SDLP). Les 107 membres de l'Assemblée n'ont pas applaudi une fois le gouvernement formé, mais sont passés directement à l'ordre du jour suivant.
En arrivant au château de Stormont, le révérend Paisley, chef du Parti unioniste démocratique (DUP), avait souligné que l'Irlande du Nord s'engageait "sur une route qui nous ramènera à la paix et la prospérité". Arrivé séparément, Martin McGuinness, le numéro deux du Sinn Féin, la façade politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), annonçait un moment d'"histoire", "l'un des plus grands bonds en avant que ce processus ait vu en près de 15 ans".
Le secrétaire britannique à l'Irlande du Nord Peter Hain, qui cédait la majorité du pouvoir au nouvel exécutif, s'émerveillait que les deux hommes, l'intransigeant pasteur aux discours virulents et l'ancien commandant de l'IRA, aient ainsi enterré la hache de guerre ces dernières semaines après avoir tous deux incarné le conflit nord-irlandais. "C'est ce qui me remplit aussi d'optimisme", a-t-il insisté. "Pas seulement que les ténèbres et l'horreur du passé soient désormais derrière nous, mais qu'il y ait une vraie perspective de voir ce gouvernement fonctionner."
En 1998, l'accord historique du Vendredi Saint avait jeté les bases du partage du pouvoir entre catholiques et protestants. Mais le gouvernement mixte, dirigé par les partis, qui a pris le pouvoir en décembre 1999, n'a pas tenu. De crise en crise, la confrontation entre les partis protestants et le Sinn Féin a fini par l'emporter pour de bon en octobre 2002. L'IRA était accusé d'utiliser la position du Sinn Féin au gouvernement pour récolter des informations sur des cibles potentielles.
Martin McGuinness avait servi comme ministre de l'Education dans ce gouvernement. Le révérend Paisley, qui avait fait campagne autrefois sous le slogan "Ecraser le Sinn Féin", avait autorisé deux membres du DUP à participer à l'exécutif, mais pas à s'asseoir à la même table que McGuinness.
En 2003, les élections à l'Assemblée d'Irlande du Nord voyaient triompher les partis les plus radicaux de chaque camp, le DUP et le Sinn Féin, au détriment de l'UUP de David Trimble et du SDLP de John Hume, les deux prix Nobel de la paix 1998.
Mais les extrêmes ont peu à peu assoupli leur position. En 2005, l'IRA annonçait sa décision de désarmer et renoncer à la violence. Et le Sinn Féin a approuvé en janvier dernier des relations normales avec la police d'Irlande du Nord.
Le 26 mars dernier, l'Irlande du Nord assistait finalement à une scène encore impensable il y a peu: Ian Paisley apparaissait à côté du leader du Sinn Féin, Gerry Adams, pour annoncer un accord après la première négociation directe des deux hommes.
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Voici une chronologie du processus de partage du pouvoir en Irlande du Nord:
1998:
-10 avril: après 22 mois de négociations, les gouvernements britannique et irlandais signent l'accord politique du Vendredi saint au château de Stormont à Belfast. Le Sinn Féin, vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), et le Parti unioniste d'Ulster (UUP) le signeront plus tard
-22 mai: l'accord est approuvé à 71% en Irlande du Nord et à 94% en République d'Irlande
-20 juin: élection de l'Assemblée semi-autonome d'Irlande du Nord, née des accords de Stormont. Les catholiques modérés du Parti social-démocrate et travailliste (SDLP) recueillent 22% des voix, l'UUP 21%, le Parti unioniste démocratique d'Ulster (DUP) 18% et le Sinn Féin 17%
-1er juillet: l'assemblée semi-autonome élit David Trimble, président de l'UUP, alors principal parti protestant, au poste de chef de l'exécutif nord-irlandais et le catholique modéré Seamus Mallon au poste de vice-Premier ministre. Mais le "First Minister" Trimble refuse de former un gouvernement tant que l'IRA n'aura pas commencé à désarmer
-16 octobre: David Trimble et John Hume, chef du SDLP, sont désignés co-lauréats du prix Nobel de la paix
1999
-27 novembre: Trimble promet de démissionner si l'IRA ne commence pas son désarmement d'ici février 2000. L'accord du Vendredi saint demande seulement à l'IRA d'achever son désarmement en mai 2000
-29 novembre: l'assemblée semi-autonome désigne dix ministres
-2 décembre: Londres délègue ses pouvoirs à l'exécutif de Trimble et Dublin abandonne sa revendication, inscrite dans la Constitution, sur le Nord
2000
-31 janvier: la commission présidée par le général canadien John De Chastelain informe Londres et Dublin que l'IRA n'a pris aucun engagement concernant la restitution de ses armes
-11 février: en dépit d'une offre -jugée encore insuffisante-de l'IRA, Londres suspend les institutions nord-irlandaises
-5 mai: Londres et Dublin annoncent le rétablissement des institutions autonomes pour le 22 juin et prolongent la date-butoir du désarmement à juin 2001. Le lendemain, l'IRA se dit prête à entamer son désarmement
2001
-20 juin: l'IRA annonce qu'elle ne désarmera pas aux conditions posées par l'UUP ou Londres
-1er juillet: David Trimble démissionne
-23 octobre: l'IRA annonce qu'elle a commencé son désarmement afin de sauver le processus de paix
-3 novembre: David Trimble réélu de justesse "First Minister"
2002
-14 octobre: le secrétaire britannique à l'Irlande du Nord John Reid annonce la suspension de l'exécutif semi-autonome
2003
-26 novembre: lors des élections à l'Assemblée semi-autonome, le DUP dépasse l'UUP pour devenir le premier parti d'Irlande du Nord. Chez les catholiques, le Sinn Féin supplante le SDLP
2005
-28 juillet: l'IRA ordonne la fin de sa campagne armée.
-26 septembre: les inspecteurs internationaux confirment le désarmement complet de l'IRA
2006
-13 octobre: Londres et Dublin dévoilent un plan visant à relancer la formule de partage du pouvoir entre protestants et catholiques d'ici le 26 mars 2007
2007
-7 mars: élections à l'Assemblée d'Irlande du Nord marquées par le triomphe du DUP et du Sinn Féin
-24 mars: le DUP rejette la date-butoir fixée au 26 mars par Londres pour un partage du pouvoir avec les catholiques, mais promet pour la première fois de travailler avec le Sinn Féin en mai
-26 mars: les chefs du DUP Ian Paisley et du Sinn Féin Gerry Adams annoncent un accord pour former un exécutif biconfessionnel le 8 mai
-8 mai: Ian Paisley et le No2 du Sinn Féin Martin McGuinness sont élus respectivement Premier ministre et vice-Premier ministre du nouveau gouvernement biconfessionnel.