Certains experts doutent en effet de la capacité de Téhéran à parvenir dans l'immédiat à mettre parfaitement au point le système, compliqué, permettant d'enrichir l'uranium, ce qui pourrait par la suite permettre de fabriquer des armes nucléaires.
En revanche, si elle est exacte, la révélation faite lundi par l'Iran -le fait de disposer de 3.000 centrifugeuses pour produire de l'uranium enrichi-rapproche Téhéran de la capacité à fabriquer la bombe atomique. Mais l'inexactitude de précédentes déclarations, et l'attitude actuelle de Téhéran de défi face au Conseil de sécurité, suscitent de nombreuses interrogations.
Selon des experts, avec 3.000 centrifugeuses, l'Iran disposerait de plus que nécessaire pour produire de l'uranium enrichi permettant de fabriquer au moins une arme nucléaire par an, si Téhéran décidait d'utiliser son programme pour fabriquer des armes plutôt que pour produire, comme le régime l'affirme, de l'énergie.
Mais l'annonce de lundi pourrait être, au moins partiellement, du bluff, dans le cadre du jeu de "poker nucléaire" engagé avec la communauté internationale et qui a conduit l'ONU à prendre des sanctions après le refus iranien de geler son programme d'enrichissement.
Téhéran ayant entouré de secret ses activités nucléaires, ses affirmations concernant ses progrès dans ce domaine sont difficiles à vérifier de manière indépendante.
Les autorités iraniennes pourraient donc chercher à exagérer leurs capacités dans un objectif stratégique: en disant disposer de 3.000 centrifugeuses, elles pourraient vouloir trouver un accord leur permettant d'utiliser un nombre bien inférieur de centrifugeuses, en faisant ainsi une concession majeure, dans le cadre d'un marchandage avec les puissances mondiales sur l'enrichissement d'uranium.
"C'est un pays qui ment de manière routinière sur sa production et ses progrès en matière d'armes conventionnelles, et affirme que des exercices auxquels participent 20.000 à 30.000 hommes en impliqueraient entre 100.000 et 150.000", affirme Anthony Cordesman, un analyste du Centre pour les études stratégiques et internationales à Washington.
L'Union européenne a appelé pour sa part l'Iran à respecter les exigences de la communauté internationale en suspendant son programme nucléaire et en retournant à la table des négociations. "L'Iran doit se conformer à ses obligations dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire et appliquer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies", a souligné la porte-parole de l'UE, Christiane Hohmann.
Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a critiqué mardi l'annonce faite par l'Iran. "Je déplore les annonces faites hier qui sont un mauvais signal. J'appelle une nouvelle fois l'Iran à respecter les résolutions du Conseil de sécurité (de l'ONU) qui exigent la suspension de toutes les activités nucléaires sensibles", a-t-il dit dans un communiqué.
Le porte-parole du Quai d'Orsay, Jean-Baptiste Mattéi, s'est montré pour sa part sceptique sur la réalité des capacités iraniennes en matière de nucléaire. "Il y a les déclarations et il y a la réalité technologique", a-t-il souligné. "Nous sommes dans une logique politique, dans un processus politique dont participent les Etats-Unis. Nous excluons une solution militaire."
Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, a estimé quant à lui que le fait que plusieurs dirigeants iraniens aient annoncé le passage à l'enrichissement de l'uranium à une échelle industrielle montre que le régime souhaite projeter "une image d'unité sur la question du nucléaire".
"Le message est: il n'y a pas de dissensions entre nous", a-t-il expliqué à l'Associated Press. "Le plus important dans tout ça, c'est le message politique, à savoir que l'Iran n'a aucunement l'intention de se plier aux demandes du Conseil de sécurité", a-t-il ajouté, en notant par ailleurs que "personne ne sait ce que les Iraniens entendent exactement par enrichissement à l'échelle industrielle".