"Je vous éviterai les jeux de mots faciles du style 'voici le lancement qui place le Parti libéral du Canada vers l'ascension au Québec"', a lancé vendredi M. Dion en conférence de presse dans une bibliothèque de Montréal, reconnaissant du coup les problèmes du parti dans la province.
L'ancien astronaute a expliqué que de nombreux militants l'avaient contacté après qu'il ait décidé, il y a quelques semaines, d'abandonner l'activité politique.
"Appelant mon sens du devoir, ils m'ont demandé de reconsidérer parce que l'avenir du parti était un enjeu important et qu'ils avaient besoin d'une personne comme moi", a raconté M. Garneau.
Flairant le mouvement au sein de sa base partisane, alors que le Parti libéral traverse une crise sans précédent au Québec, Stéphane Dion a finalement contacté Marc Garneau la semaine dernière, puis l'a invité à manger chez lui. L'ancien président de l'Agence spatiale canadienne en est ressorti transformé.
"J'ai appris à connaître M. Dion comme je ne le connaissais pas avant, a-t-il expliqué. Ca m'a beaucoup impressionné. (...) J'ai décidé que c'est maintenant le moment de se lever debout, de se faire entendre et de se battre pour le parti. Stéphane Dion m'a tendu la main et en retour, je lui ai tendu la mienne."
Cela faisait pourtant des mois que M. Garneau espérait que le chef libéral lui fasse signe. Las d'attendre, il a fini par renoncer à une carrière politique afin de se replacer dans le secteur privé.
"Il n'y a absolument aucun désaccord ici, a assuré Marc Garneau. C'est seulement que vu ma situation particulière, j'ignorais ce que l'avenir me réservait et je devais prendre une décision. Ce n'était pas parce que j'avais une vision différente de celle du Parti libéral."
Pour se défendre, M. Dion a invoqué la difficulté, pour lui, d'imposer un candidat à une association locale, une procédure spéciale mais tout de même courante. Selon plusieurs sources, le chef voulait nommer une femme dans Westmount-Ville-Marie afin de respecter sa promesse de présenter un tiers de candidatures féminines au prochain scrutin.
Soulagement
Stéphane Dion a par ailleurs juré que la question de la reconnaissance de la nation québécoise n'avait pas suscité de froid entre lui et M. Garneau.
"Pendant toutes les années où même la simple notion de société distincte donnait des boutons (au premier ministre Stephen) Harper, moi je disais que nous les Québécois, nous formions une nation", a martelé le chef libéral.
Une chose est sûre, les militants québécois ont accueilli le choix de Marc Garneau avec un immense soulagement. Il faut dire que les mauvaises nouvelles s'accumulaient depuis les résultats catastrophiques des élections partielles du mois dernier: intentions de vote en chute libre au Québec, départ du directeur général de l'aile québécoise, Serge Marcil, et impossibilité de trouver un lieutenant québécois du chef parmi les députés.
"M. Dion a fait plaisir à beaucoup de gens à l'intérieur du Parti libéral", a confié un membre du conseil de direction de l'aile québécoise, Marc Bélanger.
Selon lui, M. Garneau aidera grandement les libéraux à regagner du terrain au Québec.
"Les gens vont être attirés par le personnage et ce faisant, ils vont être en mesure d'écouter le message libéral", a prédit M. Bélanger, qui voit aussi en Marc Garneau un porte-parole efficace des Québécois auprès du Canada anglais.
Le député Denis Coderre, qui avait appuyé le député ontarien Michael Ignatieff lors de la course au leadership de l'année dernière, est allé jusqu'à affirmer que le repêchage de Marc Garneau démontrait les qualités de "rassembleur" de Stéphane Dion.
Quand on lui a demandé pourquoi son parti ne renverserait pas le gouvernement conservateur même si le récent discours du Trône ne lui plaît pas, M. Dion a répondu que les Canadiens ne voulaient pas de scrutin et que de toute façon, la Saskatchewan était déjà en campagne électorale.
Le chef de l'opposition a soutenu que ses adversaires "sous-estimaient" les libéraux et qu'ils le faisaient "à leurs dépens".
M. Garneau, qui a été le premier Canadien à se rendre dans l'espace, tentera de succéder à la députée et ex-ministre Lucienne Robillard, qui a annoncé il y a quelques mois qu'elle ne se représenterait pas.
Le nouveau candidat, qui habite la circonscription depuis près de sept ans, a fait partie de la marine canadienne pendant 20 ans. Il a aussi été chancelier de l'Université Carleton, à Ottawa.
Lors des élections de janvier 2006, Marc Garneau avait été candidat libéral dans Vaudreuil-Soulanges, mais avait connu la défaite.