Le député Denis Coderre a perdu son poste de critique à la défense et devra désormais talonner de près la ministre du Patrimoine, Josée Verner.
M. Coderre devient porte-parole du patrimoine, de la francophonie et des langues officielles. Son départ du dossier de la défense survient au moment où le débat sur la prolongation de la mission afghane est un peu moins d'actualité, avec l'adoption en Chambre d'une motion en faveur de la prolongation jusqu'en 2011.
M. Dion s'est bien défendu d'avoir rétrogradé le bouillant député. "Tout le domaine de la culture est sous attaque par ce gouvernement, a fait valoir M. Dion. Alors j'envoie un de mes meilleurs combattants pour défendre la cause de la liberté dans le domaine des arts et des langues officielles."
M. Dion estime que, au sein de son caucus, ce rôle est un "poste-clé", surtout à un moment où le gouvernement ouvre la porte à la censure dans le domaine cinématographique, où les célébrations du 400e anniversaire de Québec prennent leur envol et où le gouvernement doit dévoiler son plan sur les langues officielles.
Mais bien des libéraux n'ont même pas attendu l'explication du chef pour y voir une réplique politique aux événements de la semaine dernière au Québec.
Dans le climat qui prévaut au sein du Parti libéral du Canada (PLC), le geste du chef a rapidement été perçu par plusieurs comme un signal envoyé à ceux qui convoitent déjà son poste, Michael Ignatieff en tête.
M. Coderre, qui était l'un des lieutenants de M. Ignatieff au Québec dans la course au leadership, a participé la semaine dernière à une activité de financement pour M. Ignatieff en compagnie de plusieurs autres libéraux.
Au moment où des voix s'élèvent pour critiquer le leadership du chef libéral, cette activité de financement a suscité bien des interrogations dans l'entourage de M. Dion. Certains seraient même allés jusqu'à conseiller à leur chef de démettre M. Ignatieff de ses fonctions de leader adjoint.
En entrevue, lundi, Denis Coderre a insisté pour dire qu'il ne voyait pas ce changement comme une rétrogradation ou un message de son chef. Il a rappelé que la semaine dernière, il avait publiquement invité les militants libéraux à se rallier derrière M. Dion.
"Donnes-tu une "démotion" à quelqu'un qui a défendu le chef toute la semaine passée et qui a toujours été là pour s'assurer de garder le parti ensemble? C'est sûr qu'il y a des gens qui vont dire plein de choses, et je vais leur laisser leur interprétation. (...) Je ne vois pas ça comme une "démotion" mais plutôt comme un autre défi", a soutenu M. Coderre.
Ce dernier sera remplacé à la défense par un supporteur de la première heure de M. Dion, l'Ontarien Bryon Wilfert.
Le caucus libéral a par ailleurs accueilli trois nouveaux députés dont deux adversaires de M. Dion lors de la course au leadership, élus lors des élections partielles du 17 mars dernier.
Bob Rae, qui a fait une entrée remarquée aux Communes, conserve son poste de critique en matière d'affaires étrangères, alors que Martha Hall Findlay sera porte-parole associée en matière de finances. Joyce Murray, élue dans Vancouver-Quadra, devient vice-présidente du comité libéral sur l'environnement.
M. Dion a aussi fait une place à un autre adversaire de la course au leadership, Gerard Kennedy. Ce dernier, bien que non élu, sera critique des affaires intergouvernementales.
Cette nomination risque fort d'être mal reçue par l'aile québécoise du PLC. "C'est une claque dans la face", a résumé un libéral, outré.
M. Kennedy ne s'est pas fait beaucoup d'amis au Québec, lors de la course au leadership, en refusant de reconnaître le Québec comme nation. Il est aussi perçu comme un adepte d'un fédéralisme plus centralisateur.
M. Coderre n'a pas voulu juger son nouveau collègue au caucus, mais ne l'a pas défendu pour autant.
"On va attendre de voir ce que notre ami a à dire, mais la position de notre parti est claire. On reconnaît la nation (québécoise)", a expliqué le député de Bourassa.