Irritée de constater que le message véhiculé par le président Hamid Karzaï était soufflé par des commandants militaires canadiens, la député Dawn Black a accusé le gouvernement de se livrer à un exercice de "propagande".
"Les parlementaires et la population d'un bout à l'autre du pays croyaient entendre la voix du peuple afghan. En réalité, ce n'était pas le cas", a ainsi dénoncé Mme Black.
Pour étayer ses allégations, la député néo-démocrate a présenté des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.
"L'équipe a préparé la première ébauche du discours du président Karzaï au parlement, le 22 septembre", peut-on lire dans un rapport de la Force opérationnelle en Afghanistan.
"Des statistiques clés, des messages, des thèmes et la structure générale ont été adoptés par le président dans ses remarques", se félicite aussi la Défense canadienne dans le document.
Dans son discours devant les députés et les sénateurs, le président Karzaï avait souligné l'importance de la présence militaire canadienne dans son pays. Le développement et la reconstruction de l'Afghanistan est l'objectif ultime, mais il faut pour cela obtenir la sécurité, avait fait valoir le président.
"On nous a présenté de la propagande du gouvernement, du Premier ministre et de la Défense nationale, par l'entremise d'un chef d'Etat international", a critiqué Mme Black, qui précise que le discours de M. Karzaï au Canada était différent du message livré la veille à New York.
Ces allégations ont fait réagir l'ambassadeur afghan au Canada, Omar Samad.
"Je pourrais dire quelque chose de simple et déclarer que c'est risible et je pourrais être un peu plus sérieux et affirmer que c'est presque insultant", a soutenu l'ambassadeur.
Ce dernier insiste sur le fait que plusieurs conseillers du président Karzaï ont planché sur différentes versions du discours, et que la version finale a même été modifiée par le président lui-même.
Lors des visites officielles d'un chef d'Etat, il arrive souvent que la diplomatie canadienne joue un rôle dans la planification de la visite et qu'elle fournisse des informations sur demande.
Au bureau du ministre de la Défense Peter MacKay, on estime que les affirmations du NPD ne sont qu'un reflet de sa position vis-à-vis de l'engagement canadien en Afghanistan. Le NPD exige le retrait immédiat des troupes.
"Cette tentative du NPD de miner l'intégrité du président Karzaï démontre que ce parti est prêt à dire n'importe quoi pour s'opposer à l'engagement du Canada envers les Nations unies et l'OTAN pour venir en aide à l'Afghanistan", a indiqué Dan Dugas, porte-parole du ministre MacKay.
"Que le bureau d'un dignitaire en visite demande des faits et des statistiques avant de donner un discours au parlement n'est ni un précédent, ni surprenant", a-t-il insisté.
Les militaires auront néanmoins sûrement à s'expliquer devant les députés puisque les néo-démocrates ont l'intention d'obtenir des réponses à toutes leurs questions.
Dawn Black estime aussi que le public est en droit de se questionner sur l'indépendance du président Hamid Karzaï lorsqu'il s'adresse aux médias canadiens, comme il l'a fait il y a une semaine.
La Défense a transporté à Kaboul les journalistes intégrés à l'armée canadienne à Kandahar, la semaine dernière, pour une rencontre avec le président afghan.
Hamid Karzaï en a profité pour mettre l'accent sur l'importance de la présence militaire canadienne en Afghanistan.
"Tout cela soulève de sérieuses questions sur l'indépendance du président et l'origine de ses récents commentaires faits aux médias canadiens à Kaboul. Quel rôle le gouvernement canadien, le ministère de la Défense, le bureau du Premier ministre ou le Conseil privé ont joué dans cette mise en scène?", s'interroge ainsi Mme Black.