"Bien sûr que je suis déçu, car on aimerait que des recherches comme celle-ci se terminent par d'heureuses retrouvailles", confie M. Factor, qui avait recueilli des indices sur sa mère Rosa avec l'aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l'immense collection des restes des archives des nazis gérée par le Service international de recherches (SIR). Cet organe international dont la gestion a été confiée au CICR en 1955 a pour but de rechercher toute personne non-allemande disparue ou déplacée pendant la guerre.
Les archives du SIR sont situées en Allemagne, à Bad Arolsen, et devraient bientôt être ouvertes aux chercheurs. Elles contiennent 30 à 50 millions de pages sur les camps de concentration nazis que le régime n'est pas parvenu à détruire avant la fin de la guerre. Depuis 1955, le SIR a traité plus de 11 millions de demandes d'information.
Le SIR a rarement permis à des personnes extérieures de consulter ses archives, qui ont surtout servi à réunir les familles et étayer les demandes de restitution. Mais les représentants des 11 pays qui cogèrent le SIR avec le CICR doivent se rencontrer lundi et mardi à Amsterdam pour décider du calendrier d'ouverture des archives aux chercheurs.
Sol Factor sait uniquement que sa mère, aujourd'hui âgée de 83 ans, vit en Israël. Mais indique qu'il y a "aussi un sentiment de soulagement réel, car maintenant, une partie du mystère a été résolu".
Cet Américain de 60 ans est né sous le nom de Meier Pollak, à Munich en 1946. Sa mère d'origine roumaine Rosa Pollak a, selon des documents recueillis par M. Factor, quitté une maternité le 9 juillet 1946 avec son fils, avant de se rendre dans un hôpital munichois pour les réfugiés financé par l'ONU. Après quelques jours, mère et fils ont été séparés pour une raison inconnue.
Le jeune Meier a été adopté par un couple américain du Massachusetts en 1950. Ce n'est pas avant 1990 qu'il a sérieusement commencé les recherches pour retrouver sa mère biologique. Grâce à des documents fournis par le SIR qui indiquaient que Rosa Pollak avait pu se rendre en Palestine, M. Factor a pu concentrer ses efforts sur Israël.
Malheureusement pour lui, les recherches de sa mère ne devraient pas aller plus loin. Dans une lettre, l'Etoile de David rouge dit avoir "le regret" de l'informer qu'elle a "localisé la personne mentionnée ci-dessus, mais qu'elle ne souhaite pas être contactée par le requérant". L'enseignant à la retraite espère néanmoins que sa mère pourra changer d'avis, ou au moins accepter de correspondre par courrier.
S'interrogeant sur les motivations de sa mère, M. Factor note que "de nombreux survivants souhaitent mettre le passé derrière eux". Il se demande également s'il est né hors mariage. "Il est très possible qu'il s'agisse d'un chapitre, disons, très embarrassant de sa vie".
Même si un ami mène l'enquête pour lui en Israël, M. Factor souligne que sa quête n'est pas sans limite. "On ne se rend pas sur le pas de la porte en frappant", a-t-il déclaré. "Il n'y a aucun moyen que je fasse ça. Ce serait une invasion. Si j'aimerais lui envoyer une lettre? Si elle était prête à recevoir une lettre de ma part, oui, j'aimerais bien faire ça".