La conférence "Libérons les enfants de la guerre", réunie lundi et mardi à Paris sous l'égide de l'UNICEF (Fonds des Nations unies pour l'enfance) et de la diplomatie française, examine des stratégies visant à lutter contre le recrutement des enfants soldats et favoriser leur retour à la vie civile.
Elle rassemble près de 60 pays et de nombreuses ONG et associations pour encourager "l'élaboration de nouveaux programmes de libération, de protection et de réinsertion", selon le Quai d'Orsay. Elle a également pour but l'adoption par les Etats participants d'un texte, les "engagements de Paris", visant à "mettre fin à l'utilisation illégale et inacceptable des enfants dans les conflits armés".
"Prendre une arme et tirer sur quelqu'un était aussi facile que de boire un verre d'eau", a témoigné lors de la conférence Ishmael Beah, un ancien enfant soldat de Sierra Leone, qui avait 13 ans lorsqu'il a fut recruté par une faction armée. Aujourd'hui âgé de 26 ans, il a suivi un programme de réinsertion, a étudié aux Etats-Unis et vit désormais à New York.
La réinsertion "n'est pas un programme en un, deux ou trois temps, c'est un processus continu", a expliqué Ishmael Beah, qui fut enfant soldat pendant deux ans et souffre encore de "flashbacks" de cette période. "La chose la plus difficile est de recouvrer son humanité", mais "je suis la preuve vivante que c'est possible", a-t-il souligné.
On estime à 12 le nombre de pays où ce fléau est avéré, parmi lesquels le Burundi, la Côte d'Ivoire, la Birmanie, la République démocratique du Congo, le Soudan et la Somalie. Les belligérants qui ont recours à des enfants dans ces Etats sont inscrits sur une "liste noire" de l'ONU.
De nombreux enfants sont recrutés ou enrôlés de force, le plus souvent par peur ou ignorance. Les filles représentent jusqu'à 40% des recrues dans certains groupes armés et sont particulièrement vulnérables aux abus sexuels.
"Agés de moins de 18 ans, ces filles et ces garçons ne sont pas seulement des combattants. Ils servent aussi d'auxiliaires, de messagers, sont chargés de rançonner, d'espionner (et) souvent utilisés à des fins sexuelles", a précisé M. Douste-Blazy, qui co-préside la conférence avec la directrice générale de l'UNICEF, Ann Veneman.
"Plus qu'une réalité révoltante, plus qu'un crime de guerre, c'est une bombe à retardement qui menace la stabilité et la croissance de l'Afrique, et au-delà", a-t-il encore dénoncé dans un entretien au journal "Le Figaro".
"Les participants seront appelés à souscrire aux 'principes de Paris' visant à rendre l'action plus efficace dans trois domaines: la lutte contre le recrutement, la libération des enfants soldats et leur réinsertion", précise M. Douste-Blazy dans les colonnes du quotidien.
Près de 95.000 ex-enfants soldats ont bénéficié depuis 2001 de programmes de prise en charge ou de réinsertion, notamment en Afghanistan, Colombie, Ouganda, Somalie, Sri Lanka et Liberia. Mais toutes les expériences de réinsertion ne sont pas couronnées de succès: dans certains cas l'aide apportée est insuffisante ou trop tardive.
Signe d'une avancée contre l'impunité, les statuts de la Cour pénale internationale (CPI), entrés en vigueur en 2002, qualifient de crimes de guerre l'utilisation de mineurs de moins de 15 ans dans les conflits. La semaine dernière, la CPI a confirmé ses chefs d'inculpation contre le seigneur de guerre congolais Thomas Lubanga, chef de l'UPC (Union des patriotes congolais) poursuivi pour avoir fait combattre des soldats de moins de 15 ans en 2002-2003.