Selon les résultats annoncés lundi, l'Union démocratique du centre (UDC), qui se situe en fait bien à droite sur l'échiquier politique, obtient 29% des votes et 62 sièges (+7), sur les 200 du Conseil national, la chambre basse du Parlement. Un résultat plus net encore que les 28% obtenus en 1919 par le Parti radical (PRD).
Malgré cette nette avance, le parti de l'industriel milliardaire zurichois Christoph Blocher -actuel ministre de la Justice-devra s'entendre avec les trois autres principales formations pour former le gouvernement (Conseil fédéral). L'exécutif sera confirmé le 12 décembre par les deux chambres du Parlement réunies.
D'ores et déjà, le président du parti Uli Maurer a demandé dimanche, lors d'un débat sur la télévision alémanique, la tête de trois conseillers fédéraux: le radical Pascal Couchepin, le socialiste Moritz Leuenberger et Samuel Schmid, pourtant issu de l'UDC. Les trois hommes sont ceux qui occupent leurs fonctions depuis le plus longtemps, a souligné Uli Maurer, qui a fait part de son intention de rajeunir l'exécutif.
Le président de l'UDC a affirmé que son parti se concentrerait sur la lutte contre la criminalité -que le parti attribue avant tout aux étrangers-, la baisse des impôts et le refus de l'adhésion suisse à l'Union européenne. "L'idée de l'accession à l'Union devrait enfin sortir de l'esprit de tout le monde", a souhaité M. Maurer.
Le parti pourrait aussi reprendre sa proposition d'expulser de Suisse toutes les familles étrangères dont les enfants commettent une infraction. Il avait fait campagne pour l'expulsion des criminels étrangers avec une affiche montrant trois moutons blancs éjectant de Suisse un mouton noir, ce qui avait suscité de fortes critiques.
Le plus grand perdant de cette élection semble être le Parti socialiste (PS). La deuxième formation du pays abandonne neuf sièges, avec 43 élus au total. Le Parti radical (PRD) perd cinq sièges et ressort également affaibli, alors que le Parti démocrate-chrétien (PDC) fait mieux que se défendre, avec trois sièges supplémentaires: ces deux formations de centre-droit disposeront de 31 sièges chacun. Les radicaux devraient toutefois conserver leurs deux sièges au gouvernement.
Les Verts réalisent aussi une très bonne opération. Leur campagne, centrée sur la lutte contre le réchauffement climatique, est récompensée par la conquête de six mandats, ce qui leur en donne 20 au total. Ils ont toutefois raté, de peu, leur objectif de réunir 10% des suffrages et devraient rester encore en dehors du gouvernement.
Malgré le résultat de l'extrême-droite, ce scrutin rentrera aussi dans l'histoire comme celui qui a vu le premier Noir accéder à un poste de député: Ricardo Lumengo, un social-démocrate d'origine angolaise arrivé en Suisse dans les années 1980 pour y demander l'asile.
Les quelque 4,8 millions d'électeurs étaient aussi appelés à renouveler, comme tous les quatre ans, les 46 sièges du Conseil des Etats (chambre représentant les cantons) où chacun des 23 cantons compte deux représentants. Ce scrutin a débouché sur une grande stabilité, même si de nombreux duels seront tranchés au second tour, le mois prochain. La participation s'est élevée à environ 48%, la plus élevée depuis 1983.