Les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs jours, mais de nombreuses irrégularités ont déjà pu être constatées dans plusieurs centres. Dans un pays où règne la corruption, le président Obasanjo a reconnu l'existence de difficultés et de violences, mais a clamé sur la chaîne publique: "Jusqu'à présent, tout va bien!"
Le scrutin s'est déroulé dans un calme relatif dans la plupart des régions du pays, même si de nombreux électeurs ont attendu plusieurs heures devant les bureaux de vote. Certains ont ouvert leurs portes avec retard, avec des listes électorales incorrectes.
Mais dans la région de Port Harcourt (sud), de nombreux Nigérians ont eu du mal à accomplir leur devoir électoral. Des responsables électoraux apposaient leur propre empreinte digitale sur les bulletins, bourrant des urnes pleines à craquer malgré une faible participation.
En arrivant à son bureau de vote, Ben Naanen, un professeur âgé de 50 ans, a eu la désagréable surprise de voir qu'il ne restait plus de bulletin. Il a dénoncé la corruption des hommes politiques. "Ils ont volé mon argent, ils ont volé mon vote, ils ont volé tout ce qui m'appartenaient", a-t-il observé, visiblement abattu. Ailleurs dans la région, des électeurs en colère ne pouvaient que constater que les bureaux de vote n'avaient pas ouvert.
A Lagos, les Nigérians ont voté dans des centres électoraux improvisés sous des arbres, dans des tentes et des écoles. Des responsables distribuaient des bulletins aux électeurs inscrits, qui disparaissaient dans la foule pour faire leur choix, avant de revenir déposer leur vote dans une urne transparente.
Dans un bureau de vote, de jeunes voyous négociaient bulletins et cartes d'identité. Selon des témoins, le prix du vote était fixé à environ trois dollars (2,20 euros). Dans un autre centre, une dizaine de jeunes, torse nu, étaient postés sur un balcon et criaient en direction des électeurs, leur disant pour qui voter.
Le chef de la commission électorale, Maurice Iwu, a déclaré à la télévision publique qu'il avait été informé de "quelques problèmes ici et là". Il s'est cependant félicité de ce "premier effort dans notre transition pour passer d'un gouvernement civil élu à un autre".
Au total, 61 millions d'électeurs étaient appelés à désigner leurs parlementaires locaux et gouverneurs ce samedi. Dans une semaine, ils retourneront aux urnes pour élire leurs parlementaires nationaux et le président. Depuis son indépendance en 1960, l'ancienne colonie britannique n'a jamais assisté au transfert du pouvoir entre civils.
La course à la présidence s'est révélée chaotique dans ce pays de 140 millions d'habitants, divisé en 36 Etats. Les affrontements politiques ont fait environ 70 morts, selon les organisations de défense des droits de l'Homme. Toujours dans la région de Port Harcourt, les violences ont fait une dizaine de morts samedi.
D'importantes mesures de sécurité étaient en place pour le scrutin. La circulation était interdite, à l'exception des véhicules officiels. Les forces de l'ordre, armées pour la plupart de kalachnikov neuves, patrouillaient. Les soldats arrêtaient les voitures aux principaux carrefours, et surveillaient les quartiers sensibles.
Pour la présidentielle de samedi prochain, l'un des principaux candidats est le général Muhammadu Buharri, homme fort de l'ère militaire des années 80 qui a été au pouvoir 20 mois seulement. Son régime était connu pour ses violations des droits de l'Homme, mais beaucoup le jugent apte à tenir tête à l'élite politique corrompue. Un autre candidat sérieux est un homme timide, largement considéré comme le successeur désigné d'Obasanjo. Il s'agit d'Umaru Yar'Adua, gouverneur de l'Etat de Katsina (nord), investi par le parti au pouvoir (Parti démocratique des peuples, PDP).