Le secrétaire d'Etat américain adjoint John Negroponte est arrivé à Islamabad en provenance d'Afrique, afin d'exhorter le général-président à lever l'état d'urgence décrété début novembre -mesure que le chef d'Etat justifie par la menace islamiste-et à mettre fin à une vague de répression qui a plongé le pays dans la crise politique. Le diplomate américain doit rencontrer Pervez Musharraf, allié de longue date des Etats-Unis, ainsi que des dirigeants de l'opposition pakistanaise, mais les détails de son emploi du temps n'ont pas été communiqués.
Au cours de son déplacement en Afrique, M. Negroponte avait précisé que le processus démocratique au Pakistan avait "déraillé". "Notre message est que nous souhaitons travailler avec le gouvernement, le peuple du Pakistan et les acteurs politiques au Pakistan pour remettre le processus politique sur les rails dès que possible", avait-il dit.
A Islamabad, c'est un président Musharraf au visage sombre qui a procédé à la prestation de serment du gouvernement intérimaire chargé d'expédier les affaires courantes et de préparer les élections législatives du 9 janvier.
A cette occasion, le chef d'Etat a déclaré que le gouvernement sortant devrait être fier d'avoir contribué à relancer l'économie et ramener le Pakistan sur la voie de la démocratie. "Etant un homme portant l'uniforme, je suis fier d'avoir réussi à introduire l'esprit de la démocratie au Pakistan, qu'on le croit ou non", a souligné Musharraf à l'issue de la cérémonie qui s'est déroulée au palais présidentiel.
A Lahore, Zahid Abbas, un haut responsable de la police qui se trouvait près de la résidence où était assignée Mme Bhutto depuis mardi, a déclaré à l'Associated Press que "le gouvernement a retiré l'ordre de détention". Le gouvernement entendait empêcher l'ancien Premier ministre de participer à une manifestation contre l'état d'urgence instauré le 3 novembre dernier par Pervez Musharraf.
"La maison n'est plus une prison, mais la sécurité demeurera pour sa propre protection. Elle est libre de se déplacer et chacun pourra se rendre à la maison", a déclaré le policier avant l'aube vendredi.
Tôt vendredi, des camions et des tracteurs de l'armée bloquaient cependant toujours l'accès à la résidence, dans un quartier aisé de Lahore (est du Pakistan), et la police refusait de laisser passer les journalistes au-delà du cordon de sécurité.
La levée de la mesure intervient alors que la crise politique s'est durcie jeudi au Pakistan, dernier jour officiel du mandat du président Musharraf et de la législature actuelle. Dans la journée, des protestataires hostiles à l'assignation à résidence de Mme Bhutto ont ouvert le feu à Chakiwara, un quartier de Karachi, tuant un adulte et deux garçons âgés de 11 et 12 ans, selon la police. Il s'agit des premiers décès rapportés dans le cadre des troubles politiques depuis l'instauration de l'état d'urgence début novembre, lors desquels des milliers d'opposants ont été arrêtés.