Sous l'impulsion de la France, le Conseil de sécurité des Nations unies avait adopté le 25 septembre la résolution 1778 autorisant le déploiement d'une "présence multidimensionnelle" pour répondre aux conséquences régionales de la crise du Darfour.
La MINURCAT (Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad), qui dispose d'un mandat d'un an, comporte deux volets: l'un policier relevant de l'ONU (jusqu'à 300 hommes), l'autre militaire, le contingent européen ayant pour mission de sécuriser des zones parcourues par les milices armées dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique.
Placée sous le chapitre VII de la charte de l'ONU, la force européenne pourra "agir contre tous les groupes armés ou organisations qui menacent la population", a souligné un responsable français ayant requis l'anonymat. Le déploiement commencerait au moins du mois prochain et le contingent pourrait devenir partiellement opérationnel à compter de la mi-novembre, a-t-on précisé, ce qui coïnciderait avec la mise en place de la force conjointe de l'Union africaine et de l'ONU, qui devrait compter 26.000 hommes, au Darfour même.
Les appels à la sécurisation du Darfour et de son voisinage se sont multipliés depuis l'attaque samedi soir et dimanche matin par des rebelles d'une base de la mission de maintien de la paix de l'UA dans le nord du Darfour. Avec dix soldats tués, l'UA a subi ses pertes les plus lourdes depuis 2004 qu'elle est présente dans cette région de l'ouest du Soudan. Son contingent de 7.000 hommes actuellement sur place, trop réduit et mal équipé pour être efficace, sera intégré dans la future force hybride UA-ONU.
En ce qui concerne l'opération européenne, la moitié environ des 3.000 homes prévus seront fournis par la France, toujours selon des responsables à Paris. Des troupes françaises se trouvent déjà dans la région pour soutenir le gouvernement tchadien face à la rébellion, mais les deux opérations ne sont pas liées.
Le commandement sera irlandais, a affirmé le ministère de la Défense à Dublin. Il sera confié au général Pat Nash. L'Irlande fournira une unité de 300 hommes et deux officiers irlandais participeront à la mission de reconnaissance européenne qui partira le 11 octobre pour l'est du Tchad et la République centrafricaine, en passant par Paris.
Selon Paris, qui s'efforce de montrer qu'il s'agit d'une action de l'UE et non d'un mouvement destiné à défendre les intérêts de la France dans une zone où elle conserve une forte influence en tant qu'ancienne puissance coloniale, une dizaine de pays pourraient contribuer à la force. La Suède, la Pologne et la Belgique proposent entre 100 et 200 militaires chacune, a ajouté un responsable français.
La décision officielle de l'UE sur le déploiement devrait tomber à la mi-octobre.
Le conflit au Darfour a fait plus de 200.000 morts depuis 2003. L'ONU estime qu'environ 3 millions de personnes, dont 2,25 millions de Darfouriens, sont déplacées dans la région en raison des divers conflits.