Grâce à une mise en perspective thématique, le visiteur découvre que Fragonard était un artiste cultivé, qui a su dépeindre les plaisirs de son siècle qu'ils soient champêtres, littéraires ou artistiques, souligne la commissaire de l'exposition Marie-Anne Dupuy-Vachey.
L'exposition, la première grande exposition de ces 20 dernières années consacrée au peintre originaire de Grasse, réunit jusqu'au 13 janvier une centaine d'oeuvres venues du monde entier, notamment de collections privées.
A travers des esquisses, des dessins et des toiles, les sources d'inspiration littéraire de Fragonard, comme le "Don Quichotte" de Cervantès ou les "Contes" érotiques de Jean de la Fontaine, apparaissent moins légères et font de lui "un enfant de son siècle (...) qui a su illustrer et traduire la pensée et les goûts de son époque", explique la commissaire de l'exposition.
Elève de Chardin et de Boucher, Fragonard se démarque très jeune en étant présenté au prix de l'Académie qu'il remporte grâce à son interprétation de "Jéroboam sacrifiant aux idoles". Il part alors à Rome, intègre l'Académie et aurait dû en toute logique suivre une carrière officielle de peintre historique. Mais déjà ses tableaux laissent entrevoir la touche de Fragonard, qui "fait des choix audacieux dans les thèmes qu'il représente sur des sujets classiques", inspirés de la Bible ou de la mythologie, note Mme Dupuy-Vachey. Et rapidement, il abandonne les prestigieuses commandes de cour pour se consacrer à une clientèle privée.
Réputé pour sa grande virtuosité, sa touche rapide et colorée, Fragonard peint avec humour et malice des scènes galantes, voire érotiques dont le très connu "Les Hasards heureux de l'escarpolette", une commande d'un homme de cour qui lui aurait "demandé de peindre sa maîtresse sur une escarpolette (balançoire) qu'un évêque mettrait en branle, et de manière à ce que le commanditaire soit à la portée de voir les jambes de cette belle enfant".
Fragonard ajoute sa touche avec une des chaussures de la jeune femme, revêtue d'une robe à jupons multiples et froufrouteux, qui s'envole dans les airs, dans un décor champêtre. Seule la gravure est présentée à l'exposition, le tableau ne pouvant quitter la Wallace Collection de Londres. Le jeune Fragonard ira jusqu'à illustrer les "Contes" très licencieux de La Fontaine, mais toujours avec humour.
S'inspirant également des thèmes littéraires en vogue, Fragonard peint des scènes de nature et de bonheur familial comme le "Annette à l'âge de 20 ans", inspiré d'un conte "Annette et Lubin", écrit par un de ses contemporains, Jean-François Marmontel, et ayant rencontré un grand succès.