Nombreux étaient ceux qui confiaient par ailleurs voter contre Nicolas Sarkozy qui, au ministère de l'Intérieur, avait voulu passer la cité des 4.000 à La Courneuve au Karcher et "débarrasser" les quartiers sensibles de la "racaille" délinquante.
"On voit qu'il est nettement contre nous, donc on vote pour le bloquer", a confié Iyongil Lungama, un pompier de 25 ans d'origine zaïroise, dans un bureau de vote de Clichy-sous-Bois. C'est dans cette ville de Seine-Saint-Denis qu'avaient éclaté les émeutes après la mort de deux jeunes par électrocution.
Dans ce département, les inscriptions sur les listes électorales ont augmenté de 8,5 pour cent en 2006, plus du double de la moyenne nationale (+4,2 pour cent).
Dans le quartier toulousain de La Reynerie, Nabil Tahiri, 29 ans, explique être allé s'inscrire sur les listes après l'appel citoyen lancé fin 2006 par des humoristes, des rappeurs, d'autres artistes et des sportifs. "J'ai été très étonné de constater que beaucoup de personnes d'origine maghrébine faisaient la queue".
A Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise, c'est dimanche qu'il y avait de l'attente. A la mi-journée, il fallait un quart d'heure à 30 minutes pour déposer son bulletin dans l'urne. Là comme ailleurs, la participation était très élevée. "Un vote de plus, c'est super important. On vote pour nos parents qui ne peuvent pas", a expliqué Gulbahar Yesil, une jeune femme de 21 ans d'origine étrangère. Gwladys Bardi, étudiante dans les métiers de la mode, estime aussi que "voter, c'est un devoir. D'autant que je suis une femme de couleur. Et ces deux catégories n'ont pas toujours eu le droit de vote".
"Personne ne veut reproduire l'effet Le Pen de 2002", souligne Olivia Mathias, une Toulousaine de 22 ans. Le 21 avril 2002, le candidat FN s'était qualifié pour le second tour de la présidentielle au détriment du socialiste Lionel Jospin. Samia Allami et Myriam Amilari, deux étudiantes marseillaises de 20 et 19 ans, expliquent que le 21 avril les a "incitées grave à voter".
Pour Ahmet Ekici, jeune électeur de Vénissieux, la crainte de l'extrême droite a joué, "mais pas seulement. Il y a les émeutes de 2005 aussi. Je me suis rendu compte que les jeunes ne faisaient pas trop valoir leur voix". Ce lycéen en bac professionnel comptabilité observe toutefois une évolution: "Beaucoup de jeunes de mon quartier ont dit qu'ils iraient voter. On a tous environ 20 ans et on commence à voir la réalité en face avec le travail et le logement".
A Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), Komla Baka, un étudiant de 24 ans né de parents togolais, explique: "Je ne savais vraiment pas avant de venir pour qui j'allais voter mais je savais contre qui". "Si Sarkozy passe, je ne crains rien pour moi mais pour mes amis sans-papiers", confie Olivia Mathias, à Toulouse.
Devant l'école de la cité de la Maurelette, à Marseille, Norman Serou, dit avoir "peur que si Sarkozy est au second tour et est élu, il y aura des problèmes dans les quartiers Nord". "Il n'y a pas eu d'émeutes à Marseille la dernière fois", rappelle cet assistant pédagogique de 25 ans. "Mais je m'investis dans une association de quartier et je suis au contact des adolescents et des jeunes. J'entends beaucoup de choses qui me font penser que ça va bouger. S'il y a un mouvement, Marseille ne restera pas à côté cette fois".