S'exprimant aux côtés de son épouse lors d'une conférence de presse organisée à la hâte, Elliot Spitzer, père de trois filles, a présenté lundi après-midi ses excuses à la population de l'Etat de New York, ainsi qu'à sa famille.
L'homme âgé de 48 ans a affirmé avoir "agi d'une manière qui viole (ses) obligations envers (sa) famille" et a indiqué qu'il souhaitait passer désormais plus de temps avec celle-ci.
"J'ai déçu et je n'ai pas été à la hauteur des exigences que j'ai envers moi-même", a-t-il ajouté. "Je dois passer du temps à tenter de regagner la confiance de ma famille".
Il n'a en revanche apporté aucune précision au sujet de l'affaire en elle-même.
Un responsable des forces de l'ordre s'exprimant sous couvert de l'anonymat a confié à l'Associated Press que des écoutes téléphoniques prouvent l'implication de Spitzer.
D'après cette source, le gouverneur de New York aurait rencontré au moins une femme dans un hôtel de Washington le mois dernier, et celui-ci serait identifié comme le "Client 9" dans le cadre d'une enquête ouverte au cours des derniers mois.
Selon le "NY Times", qui cite une source anonyme de l'administration de Spitzer, le gouverneur aurait confié à ses conseillers qu'il était lié à un réseau de prostitution.
Aucune information précise sur le réseau concerné n'était disponible pour le moment, mais la semaine dernière le parquet de Manhattan a inculpé de complot quatre personnes accusées de diriger un cercle de prostitution de luxe, le "Emperors Club VIP", destiné à de riches clients en Europe et aux Etats-Unis.
Le site Internet du "Emperors Club VIP" a diffusé des photographies de prostituées -visages cachés-ainsi que les tarifs pratiqués par les proxénètes en fonction du "classement" des prostituées sur l'échelle du réseau. Le tarif le plus élevé pour une prestation d'une heure s'élève à 5.500 dollars (3.585 euros).
Selon le parquet de Manhattan, les quatre accusés étaient chargés d'établir des connexions entre des hommes fortunés et une cinquantaine de prostituées à New York, Washington, Los Angeles, Miami, Londres et Paris.
Une des quatres personnes soupçonnées, Temeka Rachelle Lewis, a affirmé que "le 'Client 9' couvrait généralement toutes les dépenses des hôtesses, c'est à dire les billets de train, les notes de taxi, les frais d'hôtel, l'utilisation du minibar et du service d'étage".
Selon le témoignage de cette intermédiaire, le gouverneur aurait payé en liquide ce service d'un montant de 4.300 dollars, soit environ 2.800 euros.
Après le paiement, Eliot Spitzer se serait adressé à Mme Lewis sur un ton familier en lui disant "Comme d'habitude, pas un mot", laissant entendre qu'il avait déjà fait appel à ses services.
Le gouverneur démocrate n'a pas été mis en examen par la justice américaine et les procureurs de Manhattan n'ont fait pour le moment aucun commentaire.
L'opposition républicaine de l'Etat de New York a immédiatement réclamé la démission d'Eliot Spitzer après avoir pris connaissance des aveux de leur ennemi politique.
"L'information du jour est qu'Eliot Spitzer est très propablement lié à un réseau de prostitution. Il a sali ses fonctions et l'Etat de New York", a ainsi dénoncé James Tedisco, haut responsable de l'antenne locale du Parti républicain.
Eliot Spitzer a bâti sa carrière politique sur la lutte contre la corruption et la délinquance financière, notamment lorsqu'il était ministre de la Justice de l'Etat. Le magazine "Time" l'avait baptisé "Croisé de l'année" à l'époque. Il a été élu au poste de gouverneur en 2006, il y a 16 mois.
Son mandat a été marqué par les critiques soulevées par son projet d'accorder des permis de conduire à des immigrés clandestins, et par un scandale dans lequel ses collaborateurs sont accusés d'avoir eu illégalement recours à la police de l'Etat pour obtenir des informations devant être utilisées contre son adversaire républicain, le sénateur de l'Etat Joseph Bruno.