Ce texte, qui doit encore être discuté au Parlement, divise les Italiens entre progressistes et défenseurs de la famille traditionnelle, parmi lesquels le pape Benoît XVI ainsi que des organisations catholiques conservatrices déterminées à faire barrage à la loi.
Ni le Vatican ni la Conférence des évêques d'Italie n'ont officiellement appelé à manifester samedi mais certains évêques ont apporté leur caution au mouvement, et le journal de la Conférence, "Avvenire" lui consacrait sa "une", sous ce titre: "La famille prend la parole: une fête pour tous".
Quant au souverain pontife, en déplacement au Brésil, il a envoyé un message clair depuis le plus grand pays catholique du monde, dénonçant la "plaie" des unions extramaritales. "Il est nécessaire de dire non à ces médias qui tournent en ridicule la sainteté du mariage et la virginité avant le mariage", avait-il ainsi lancé vendredi.
Les appels à la mobilisation ont été entendus. Des centaines d'autocars ont ainsi déversé leurs milliers de passagers samedi sur la place Saint Jean de Latran, où était rassemblée une foule nombreuse et colorée. Les organisateurs de la manifestation, qui se veulent apolitiques, affirment avoir réuni un demi-million de personnes, alors que les policiers présents évoquaient le chiffre de 250.000.
Le "Dico" (droits des personnes vivant ensemble), disent-ils, menacerait ce qu'ils considèrent comme le noyau de la société: la famille traditionnelle, fondée sur le mariage entre un homme et une femme. Les partisans du projet rétorquent qu'il ne s'agit pas de créer un modèle familial alternatif mais de reconnaître les droits essentiels des couples non mariés -droit de visite à l'hôpital, héritage, etc.-et de rendre l'Italie plus civilisée.
Même le gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi est tiraillé. Si le projet a été adopté en conseil des ministres en février, il ne fait pas l'unanimité au sein de la coalition hétéroclite au pouvoir, qui va des anciens communistes aux démocrates-chrétiens. M. Prodi n'a d'ailleurs pas donné de consigne de vote aux députés, les laissant se prononcer selon leur conscience, au risque de voir le texte rejeté.
"Cette loi est modeste et n'apporte qu'une solution partielle", argumente Franco Grillini, président de la principale organisation italienne de défense des homosexuels, Arcigay. "Le problème est que ce pays a peur de la diversité. Nous devons défendre la dignité de nos unions et nous voulons que le gouvernement les reconnaisse".
Les partisans du PACS à l'italienne organisaient une contre-manifestation samedi place Navone et comptaient sur la présence d'au moins un ministre et d'autres dirigeants du centre-gauche, mais la participation s'annonçait nettement moindre qu'à la "Journée de la famille".
L'Italie connaît un recul constant du mariage depuis le début des années 1970, dans le même temps que le concubinage progresse. De 404.464 mariages enregistrés en 1971, le pays est tombé à 264.026 en 2001 et tout juste 250.000 en 2005, selon l'Institut national de la statistique. L'Istat, qui ne possède pas de chiffres pour les couples homosexuels, estime qu'environ 4% des couples hétérosexuels, soit quelque 592.000, vivaient hors des liens du mariage en 2005.