Si certains Vénézuéliens sont contents à l'idée de pouvoir dormir une demi-heure de plus, d'autres s'offusquent que l'omniprésent président décide d'imposer du jour en lendemain un nouveau rythme à tout le pays.
Sur Internet, des blogueurs remarquent que le Venezuela ne sera plus à l'heure de Washington et suggèrent que Chavez, qui n'a pas évoqué lui-même cet aspect, veut peut-être tout simplement sortir d'une zone horaire "impérialiste"... même si le Venezuela aura aussi une demi-heure de différence avec son allié cubain.
"Ca me paraît dingue", juge Maritza Mendoza, 38 ans, qui vend du jus d'orange dans le centre de Caracas. "C'est un caprice, tout comme le changement de monnaie."
Le Venezuela s'apprête en effet à lancer le "bolivar fort", en supprimant trois zéros et réduisant l'éventail des billets à 2, 5, 10, 20, 50 et 100 bolivar. C'est l'un des nombreux changements promus par Chavez, qui a déjà modifié l'écusson et le drapeau nationaux, et même le nom du pays, devenue la République bolivarienne du Venezuela, en hommage au héros de l'indépendance Simon Bolivar.
Hugo Chavez s'est défendu de vouloir changer arbitrairement l'heure, expliquant que les autorités étudient cette modification depuis 1999, à la recherche d'un compromis pour un pays qui s'étend sur deux fuseaux horaires.
La nouvelle heure sera valable toute l'année. La durée du jour ne variant guère selon les saisons près de l'équateur, un changement d'heure ne présente pas d'intérêt en terme d'économies d'énergie.
Non, le principal bénéfice, explique Chavez, c'est que la plupart des enfants n'auront plus à se lever avant l'aube pour aller à l'école. "Vous allez voir l'impact, particulièrement sur les enfants à l'école", promettait récemment le président lors d'une intervention à la télévision nationale. "Pourquoi? Pour que nos organismes et surtout nos enfants profitent mieux de la lumière du soleil et adaptent leur horloge biologique."
Hugo Chavez avait d'abord annoncé que les montres seraient reculées d'une demi-heure le 24 septembre quoi qu'il arrive. "Ca m'est égal qu'on me traite de fou. La nouvelle heure sera mise en oeuvre."
Mais changer d'heure s'est révélé plus difficile qu'il ne l'escomptait. Les responsables du gouvernement ont ensuite reconnu qu'il faudrait au moins deux ou trois semaines pour réviser la loi, ajuster les ordinateurs, actualiser les horloges officielles et coordonner le changement avec le Bureau international des poids et mesures, dont le siège est près de Paris.
Désormais, le passage à GMT -4h30 est prévu pour la fin octobre, selon Luis Marcano, vice-ministre de la Science et Technologie.
Le Venezuela n'est pas le seul pays de la planète à tenir à sa demi-heure de différence sur le reste de leur fuseau horaire: l'Inde, l'Afghanistan, la Birmanie, l'Iran ou le Sri Lanka ou encore Terre-Neuve au Canada, certaines parties de l'Australie et certaines îles du Pacifique et de l'Océan Indien y ont droit. Le Népal se distingue encore davantage avec une différence d'un quart d'heure.
Reste que Hugo Chavez a visiblement encore un travail d'explication à faire. Dans le centre de Caracas, les passants avouent ne pas savoir s'il faudra reculer ou avancer les montres. Le président vénézuélien s'est lui-même trompé le mois dernier dans l'un de ses discours télévisés.
Pendant ce temps, les commerces ont déjà fort à faire avec le double étiquetage, pour indiquer les prix dans le nouveau et l'ancien bolivar avant l'instauration du "bolivar fort" du 1er janvier. Chavez a même annoncé pour les nostalgiques un possible retour de la "locha", pièce de monnaie de 12,5 centimes qui n'avait plus cours depuis les années 70. "Au lieu d'avancer, on recule", résume Maritza Mendoza.