Le tunnel proposé serait le plus long du monde avec ses 110 kilomètres, battant le record actuellement détenu par le tunnel sous la Manche et ses quelque 50 kilomètres. Il serait creusé à 80 mètres sous le plancher océanique, dans une zone où les eaux atteignent plus de 50 mètres de profondeur, entre l'Extrême-Orient russe et l'ouest de l'Alaska. En hiver, la température tombe régulièrement à -70 degrés Celsius dans la région, l'une des plus inhospitalières au monde.
L'ouvrage prolongerait une ligne ferroviaire de 6.000 kilomètres à travers l'Extrême-Orient russe. Il permettrait d'envisager la création d'une ligne Londres-Moscou-Washington, ont affirmé ses promoteurs russes et américains lors d'une conférence intitulée "Mégaprojets de l'Orient russe", mardi à Moscou.
Selon eux, le tunnel devrait être rentable au bout de 30 ans. Outre un lien routier et ferroviaire, il comprendrait également un oléoduc, un gazoduc et des câbles électriques et de fibre optique. Les trains pourraient y circuler jusqu'à 100 km/h. A terme, 3% du fret mondial pourrait transiter par cette voie, espèrent les défenseurs du projet.
Selon l'un d'eux, Walter Hickel, ancien gouverneur de l'Alaska, le projet, évalué à 65 milliards de dollars (48 milliards d'euros) permettrait de doper l'économie de l'Extrême-Orient russe et l'Alaska. Le coûteux projet est encore bien loin de voir le jour, d'autant qu'un responsable russe a fait savoir que Moscou ne s'y impliquerait que lorsque des investisseurs privés se seraient engagés à le financer...
A elle seule, l'étude de faisabilité reviendrait déjà à 120 millions de dollars (88 millions d'euros) et prendrait deux ans. Quant à la construction elle-même, elle pourrait prendre 20 ans. Selon Vladimir Brejnev, président du conglomérat russe de construction Transstroi, présent à la conférence, la technologie pour mener à bien un tel chantier existe déjà.
Un communiqué adopté à l'issue de la conférence appelle les gouvernements russe, américain, japonais, chinois et l'Union européenne à soutenir le projet dans le cadre de leurs stratégies de développement économique. Il les invite également à soulever la question en juin lors du sommet du G8 en Allemagne.
L'idée du tunnel sous le détroit de Béring n'est pas neuve. Le dernier tsar de Russie, Nicolas II, avait approuvé à deux reprises un plan similaire, que la Première guerre mondiale et la Révolution bolchévique avaient finalement fait capoter.