Après quatre ans et demi d'impasse, cet accord intervient à l'issue des premières négociations directes entre le vieux révérend chef du Parti unioniste démocratique (DUP) protestant et le patron du Sinn Féin catholique. Jusqu'à présent, les pourparlers étaient menés via des tiers, à la demande de Ian Paisley.
"Après une longue et difficile période dans notre province, je crois que des opportunités énormes sont devant nous", a déclaré ensuite Ian Paisley, 80 ans, dont le parti avait auparavant boycotté tout contact direct avec le Sinn Féin, en raison de ses liens avec l'Armée républicaine irlandaise (IRA): "Nous ne devons pas laisser notre dégoût justifié face aux horreurs et tragédies du passé devenir une barrière à la création d'un avenir meilleur et plus stable pour nos enfants".
De son côté Gerry Adams, 58 ans, a estimé que ces discussions et l'accord de lundi marquaient "le début du nouvelle ère pour la politique sur cette île". Après des siècles de conflit entre catholiques et protestants, a-t-il rappelé, "il y a maintenant un nouveau départ, avec l'aide de Dieu".
Les deux hommes se sont assis pour la première fois à la même table dans la salle à manger du parlement de Stormont, à Belfast. Ils ne se seraient toutefois pas serré la main lors de cette rencontre historique.
Adams et Paisley ont déclaré qu'ils allaient engager immédiatement avec leurs adjoints des négociations sur l'élaboration d'un programme de gouvernement commun. "Il y a un travail préparatoire important à faire" pour que le gouvernement puisse commencer à travailler le 8 mai, a dit Ian Paisley.
L'Assemblée d'Irlande du Nord, composée de 108 membres issus des deux communautés, résulte des accords de paix du Vendredi Saint signé en 1998. Elle doit choisir les 12 ministres de l'exécutif mixte.
"Tout ce que nous avons fait ces dix dernières années étaient une préparation à ce moment", s'est félicité Tony Blair, depuis Londres. "Maintenant, nous avons au moins une date arrêtée pour la passation de pouvoirs et l'association de gens qui se sont, pour des raisons évidentes, opposés par le passé".
D'ici à mardi, le gouvernement britannique devait faire passer une loi d'urgence devant les deux chambres du Parlement pour annuler l'ultimatum fixé à lundi 26 mars, date-butoir à laquelle les deux parties devaient avoir trouvé un accord sur le partage du pouvoir régional. Faute d'entente, l'Assemblée aurait été dissoute et l'Irlande du Nord serait repassée sous administration britannique.
Le partage du pouvoir entre Catholiques et Protestants constitue le point central des accords de paix de 1998, mais la dernière coalition s'est effondrée en octobre 2002 à cause de la querelle récurrente sur l'avenir de l'IRA.
Des années durant, la formation de Paisley a refusé de coopérer avec le Sinn Féin de Gerry Adams, arguant de ses liens avec l'IRA. Mais d'immenses pas sur le chemin de la paix -l'IRA a déposé les armes et renoncé à la violence en 2005, tandis que le Sinn Féin en janvier dernier s'est engagé à coopérer avec la police d'Irlande du Nord-ont entamé l'hostilité des unionistes envers la formation catholique.
A Dublin, le Premier ministre irlandais Bertie Ahern a estimé que tous les participants à ce processus souvent tortueux pouvaient "avancer à partir d'aujourd'hui avec un état d'esprit nouveau". Avec Tony Blair, il s'est dit "déterminés à garantir que les dernières étapes du processus de paix soient menées à bien".
A Washington, le Département d'Etat a salué l'accord, qualifié de "pas très positif", a déclaré le porte-parole adjoint Tom Casey. Il s'est également félicité de la première rencontre "historique" entre Ian Paisley et Gerry Adams.
Chronologie du processus de paix en Irlande du Nord depuis 1998
BELFAST (AP) - Voici une chronologie du processus de paix en Irlande du Nord depuis l'accord du Vendredi saint en 1998:
1998:
-10 avril: après 22 mois de négociations, les gouvernements britannique et irlandais signent l'accord politique du Vendredi saint au château de Stormont à Belfast. Le Sinn Féin, vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), et le Parti unioniste d'Ulster (UUP) le signeront plus tard
-22 mai: l'accord est approuvé à 71% en Irlande du Nord et à 94% en République d'Irlande
-20 juin: élection de l'Assemblée semi-autonome d'Irlande du Nord, institution née des accords de Stormont. Les catholiques modérés du Parti social-démocrate et travailliste (SDLP) recueillent 22% des voix, l'UUP 21%, le Parti unioniste démocratique d'Ulster (DUP) 18% et le Sinn Féin 17%
-1er juillet: l'assemblée semi-autonome élit David Trimble, président de l'UUP, alors principal parti protestant, au poste de chef de l'exécutif nord-irlandais et le catholique modéré Seamus Mallon au poste de vice-Premier ministre. Mais le "First Minister" Trimble refuse de former un gouvernement tant que l'IRA n'aura pas commencé à désarmer
-16 octobre: David Trimble et John Hume, chef du SDLP, sont désignés co-lauréats du Prix Nobel de la paix
1999
-27 novembre: la direction de l'UUP vote à 58% la confiance à M. Trimble qui défend la formation d'un exécutif mixte. Il promet toutefois de démissionner si l'IRA ne commence pas son désarmement d'ici février 2000. L'accord du Vendredi saint demande seulement à l'IRA d'achever son désarmement en mai 2000
-29 novembre: l'assemblée semi-autonome désigne dix ministres.
-2 décembre: Londres délègue ses pouvoirs à l'exécutif de Trimble et Dublin abandonne sa revendication, inscrite dans la Constitution, sur le Nord; l'IRA ouvre des discussions avec la commission présidée par le général canadien John De Chastelain
2000
-31 janvier: la commission De Chastelain informe Londres et Dublin que l'IRA n'a pris aucun engagement concernant la restitution de ses armes
-11 février: en dépit d'une offre -jugée encore insuffisante-de l'IRA, Londres suspend les institutions nord-irlandaises
-5 mai: Londres et Dublin annoncent le rétablissement des institutions autonomes pour le 22 juin et prolongent la date-butoir du désarmement à juin 2001. Le lendemain, l'IRA annonce qu'elle est prête à entamer son désarmement
2001
-20 juin: l'IRA annonce qu'elle ne désarmera pas aux conditions posées par l'UUP ou Londres
-1er juillet: David Trimble démissionne
-23 octobre: l'IRA annonce qu'elle a commencé son désarmement afin de sauver le processus de paix
-3 novembre: David Trimble réélu de justesse "First Minister"
2002
-4 octobre: les bureaux du Sinn Féin au château de Stormont sont perquisitionnés dans le cadre d'une grande enquête sur l'IRA soupçonnée d'espionner des responsables de l'exécutif semi-autonome
-14 octobre: le secrétaire britannique à l'Irlande du Nord John Reid annonce la suspension de l'exécutif semi-autonome
2003
-26 novembre: lors des élections à l'Assemblée semi-autonome, les extrémistes du DUP dépassent l'UUP pour devenir le premier parti d'Irlande du Nord. Chez les catholiques, le Sinn Féin supplante les modérés du SDLP
2004
-8 décembre: échec des pourparlers destinés à trouver un accord, jusque-là impensable, entre le DUP et le Sinn Féin, après le refus de l'IRA de laisser photographier le démantèlement de son arsenal militaire
2005
-28 juillet: l'IRA ordonne la fin de sa campagne armée.
-26 septembre: les inspecteurs internationaux confirment le désarmement complet de l'IRA.
2006
-13 octobre: Londres et Dublin dévoilent un plan visant à relancer la formule de partage du pouvoir entre protestants et catholiques d'ici le 26 mars 2007. Le plan exige que le Sinn Féin apporte son soutien à la force de police d'Irlande du Nord
2007
-28 janvier: les militants du Sinn Fein adoptent une proposition de soutien à la police nord-irlandaise
-7 mars: élections à l'Assemblée d'Irlande du Nord marquées par le triomphe du DUP et du Sinn Féin
-24 mars: Le DUP rejette la date-butoir fixée au 26 mars par Londres pour un partage du pouvoir avec les catholiques, mais promet pour la première fois de travailler avec le Sinn Féin en mai
-26 mars: les chefs du DUP Ian Paisley et du Sinn Féin Gerry Adams annoncent un accord pour former un exécutif biconfessionnel le 8 mai prochain.